Il est une contrée où se reflètent des cieux immenses. Une terre où l’eau dessine d’harmonieux labyrinthes, où s’égarer est une aventure inoubliable, où la forêt, les fleuves, les rivières et les lacs se mêlent inextricablement. Nous sommes au cœur de l’Amazonie, pour une croisière d’exception au sein de la forêt primaire et des terres inondables.

Santarem, port d’attache de l’Amazon Dream

C’est à Santarem, deuxième ville de l’Etat du Para, que débute notre croisière sur le plus long fleuve du monde, l’Amazone, et un de ses affluents, le Tapajos. Le bateau a l’allure des vieux caboteurs qui sillonnent le fleuve. Construit en bois imputrescibles d’ipe et d’itauba, c’est l’un des navires les plus confortables pour s’initier à la dernière grande forêt tropicale et à son fleuve mythique. Nous sommes 18 passagers qui allons découvrir ce sanctuaire de la biodiversité, daté de plus de 15 millions d’années, dans des conditions d’accueil, de service et de confort optimales.

Une balade le long des quais, envahis de vendeurs en tout genre et de porteurs indigènes qu’il faut esquiver, nous conduit au marché au poisson.

Une balade le long des quais, envahis de vendeurs en tout genre et de porteurs indigènes qu’il faut esquiver, nous conduit au marché au poisson.

Le voyage débute par une visite de cette petite ville qui a connu ses heures de gloire à l’époque du caoutchouc et est aujourd’hui un des ports d’embarquement du soja à destination des marchés européens et japonais. C’est aussi une escale importante pour les cargos et les bateaux-hamacs qui relient Manaus à Belem.

Pour aller d’une ville à l’autre, les Brésiliens prennent des bateaux à trois ponts, ouverts sur l’extérieur et sans cabine. Chacun accroche son hamac où il peut et essaie de tuer le temps dans une promiscuité colorée et animée.

Pour aller d’une ville à l’autre, les Brésiliens prennent des bateaux à trois ponts, ouverts sur l’extérieur et sans cabine. Chacun accroche son hamac où il peut et essaie de tuer le temps dans une promiscuité colorée et animée.

Marché au poisson et aux épices

Certains poissonniers ont trouvé la combine : ils vendent aux touristes des poissons que les dauphins roses ou botos disputent aux grandes aigrettes qui s’invitent au festin.

Certains poissonniers ont trouvé la combine : ils vendent aux touristes des poissons que les dauphins roses ou botos disputent aux grandes aigrettes qui s’invitent au festin.

Avant de retourner au bateau, on fait un détour par le marché aux épices, l’opportunité de découvrir les préparations médicinales élaborées à partir des plantes de la forêt. Du fruit andiroba, excellent anti-inflammatoire et répulsif contre les insectes, au lait de sucuba utilisé pour traiter la gastrite, en passant par une sorte de viagra naturel (mélange d’écorces de marapuana et de guarana), la pharmacopée amazonienne a des solutions pour tous les maux.

Le soleil commence à décliner lorsque l’Amazon Dream largue les amarres et glisse doucement vers la fameuse ligne de rencontre des eaux. Un phénomène spectaculaire dû aux différences de température, de vitesse et de densité de l’eau entre les deux fleuves.

Sur des kilomètres, les eaux bleues du Tapajos s’enlacent avec les eaux siennes gorgées de sédiments de l’Amazone, sans jamais se mélanger. Finalement, le géant Amazone engloutit dans ses flots les eaux claires du Tapajos.

Sur des kilomètres, les eaux bleues du Tapajos s’enlacent avec les eaux siennes gorgées de sédiments de l’Amazone, sans jamais se mélanger. Finalement, le géant Amazone engloutit dans ses flots les eaux claires du Tapajos.

C’est l’un des terrains de jeu favoris des botos et des dauphins gris qui batifolent autour du navire pour le plus grand plaisir des passagers. Accoudés au bastingage, cherchant en vain la rive tant parfois le fleuve est large, nous regardons les nombreuses embarcations et rafiots qui le sillonnent en écoutant les murmures du fleuve. Ici, dans cet écheveau aquatique, le bateau est roi.

La forêt de Varzeá

Nous sommes en début de période sèche, mais les eaux sont encore hautes. Cette année, il est tombé près de 8 m de pluies.

Nous sommes en début de période sèche, mais les eaux sont encore hautes. Cette année, il est tombé près de 8 m de pluies.

De décembre à juin, ces zones, que l’on nomme Varzeá, sont plus ou moins régulièrement inondées sur des distances parfois considérables autour des cours d’eau (65 000 km² et jusqu’à 80 km de part et d’autre du fleuve). C’est une forêt où les essences tendres et à croissance rapide dominent avec un éventail de palmiers considérés comme des arbres sacrés par les Indiens.

Les 6 mois restants, ces terres riches des alluvions déposés sont cultivées par les Caboclos, « le peuple des eaux ».

Les Caboclos, descendants de colons portugais, indiens ou noirs vivent sur les berges dans des maisons sur pilotis.

Les Caboclos, descendants de colons portugais, indiens ou noirs vivent sur les berges dans des maisons sur pilotis.

Nous descendons le cours du vaste fleuve puis prenons un bras longeant l’île d’Ituqui. Après quelques heures de navigation, notre navire va mouiller plusieurs nuits, sur des spots différents, dans cet étrange paysage, tout à la fois aquatique et terrestre. L’eau est partout, source d’une nature extravagante avec laquelle les Caboclos vivent en harmonie. Ils ont appris à cohabiter avec les éléments pas toujours cléments, à observer la nature, à s’en nourrir, à l’aimer.

Même les fourmis et termites se sont adaptées qui construisent leur nid aux fourches des arbres…
Le voyage est rythmé par les repas (délicieux et cuisinés avec des produits frais) et les sorties à terre.

Une à deux fois par jour, les passagers sont invités à embarquer dans des annexes pour découvrir la faune et la flore de la forêt inondable.

Une à deux fois par jour, les passagers sont invités à embarquer dans des annexes pour découvrir la faune et la flore de la forêt inondable.

Un paysage somptueux où se succède un enchevêtrement de lagunes dorées, de prairies de jacinthes aquatiques et de langues de sable. Où prospère un des écosystèmes les plus riches du monde : plus de 60 000 variétés de plantes, 2000 espèces d’oiseaux et autant de poissons, sans compter quelque 400 sortes de mammifères. Il faut être attentif et silencieux pour surprendre les toucans, les anis des palétuviers, les perroquets verts, les hoazins huppés, ces oiseaux au plumage fauve et aux yeux rouges cerclés de bleu, ou encore un milan des marais en train de déguster un crabe. Tandis que les jacanas piétinent de leurs longs doigts effilés la végétation aquatique à la recherche d’insectes, des singes hurleurs braillent dans la canopée. Cette prouesse sonore qui les caractérise est destinée à leurs congénères, mais tous les habitants de la jungle en profitent. Ce qui ne semble pas perturber les paresseux et les iguanes qui se prélassent dans les branches. Leurs cris fait toutefois s’envoler les aigrettes et les hérons garde-bœufs.

Un aigle s’est posé sur une noix de sapucaï.

Un aigle s’est posé sur une noix de sapucaï.

En revenant vers l’embouchure du rio Curua-Una (littéralement eaux noires) et le village de Pacoval où vit une communauté de quilombolas, (nom donné aux descendants des habitants des anciens quilombos, ces communautés formées par des esclaves en fuite avant l’abolition de l’esclavage au Brésil, en 1887), nous croisons un troupeau de buffles d’eau traversant à la nage le fleuve. Quelques pêcheurs jettent leurs filets depuis leurs pirogues. Tandis que dans une petite anse tranquille, des femmes se lavent et font la lessive.

Près des berges, on découvre les nénuphars géants : Victoria amazonica dont les feuilles en forme de plateau peuvent atteindre 3 mètres et supporter le poids d’un enfant dit-on.

Près des berges, on découvre les nénuphars géants : Victoria amazonica dont les feuilles en forme de plateau peuvent atteindre 3 mètres et supporter le poids d’un enfant dit-on.


Près des berges, on découvre les nénuphars géants : Victoria amazonica dont les feuilles en forme de plateau peuvent atteindre 3 mètres et supporter le poids d’un enfant dit-on.

Près des berges, on découvre les nénuphars géants : Victoria amazonica dont les feuilles en forme de plateau peuvent atteindre 3 mètres et supporter le poids d’un enfant dit-on.

Maguari et la forêt primaire

Au cours de la croisière, plusieurs marches sont organisées pour découvrir la forêt primaire, celle où l’homme n’est jamais intervenu. La plus notable est l’excursion en forêt secondaire (celle qui a été un temps exploitée puis est revenue à l’état sauvage) puis primaire dans la réserve extractiviste de Tapajoara qui s’étend sur 600 000 ha. Environ 6 heures de marche encadrée par des guides natifs du village de Maguari, communauté installée sur le rivage de la Forêt nationale du Tapajos, qui nous font découvrir quelques secrets de cet océan vert.

Luxuriance, exubérance de la forêt amazonienne sont souvent les mots les plus employés pour la qualifier. Ventre prolifique que l’on pense inépuisable. Or, c’est aussi un univers fragile où l’équilibre est précaire, avec des richesses naturelles qui aiguisent l’appétit des multinationales et des hommes. Les dégâts causés à la forêt sont importants et ont commencé avec le désenclavement routier de l’Amazonie. De jour en jour, les dommages s’accentuent et s’intensifient. La déforestation est en constante progression, notamment pour planter du soja, ce qui ruine les sols en une vingtaine d’années.

La racine d’imbauba est gorgée d’eau et permet de se désaltérer.

La racine d’imbauba est gorgée d’eau et permet de se désaltérer.

Machette à la main, nos guides ouvrent la marche. La progression se fait lentement dans la chaleur et la moiteur tropicales. La consigne est de ne pas s’écarter du sentier. Et de ne pas toucher les magnifiques petites grenouilles de couleurs vives que l’on pourrait rencontrer car elles sont venimeuses. Ni les araignées dont la piqûre de certaines est extrêmement douloureuse. Sous les frondaisons, la forêt primaire bruit de mille esprits. Parfois, le cri d’un singe se détache de la canopée mais ils sont craintifs et fuient à notre approche.

La randonnée nous fait découvrir d’immenses arbres vieux de 600 à plus de 1000 ans.

La randonnée nous fait découvrir d’immenses arbres vieux de 600 à plus de 1000 ans.


À ces orgues naturels pendent des lianes qui servent de balançoires aux enfants du groupe.

À ces orgues naturels pendent des lianes qui servent de balançoires aux enfants du groupe.

Certains troncs forcent notre admiration : Cassia alata (aux pieds desquels on trouve leurs fleurs jaunes), ficus, itauba, noyers du Brésil, imbauba dont la racine fournit de l’eau quand on la coupe… Dans la canopée, les couronnes des arbres se mêlent peu. C’est un peu comme si ces êtres majestueux évitaient de ce toucher, un phénomène que les scientifiques ont du mal à s’expliquer et qu’ils appellent « la timidité des arbres ».

Fleur de sapucaÏ.

Fleur de sapucaÏ.

Dans cet immense jardin suspendu, les arbres offrent leurs fleurs, invisibles du sol, à une très grande variété de pollinisateurs. Çà et là, une fleur de passiflore se détache par son rouge éclatant. Les insectes ne peuvent pas la rater. Par contre les morphos, ces grands papillons bleu métallique, s’ils sont facilement repérables sont impossibles à suivre et encore moins à photographier tant ils sont rapides. Après avoir rendu visite à « la grand-mère de la forêt », son plus vieil arbre, nous revenons fourbus sur l’Amazon Dream qui reprend sa navigation sur le Tapajos pour filer vers le village des Mundurucus.

Rituel chez les Mundurucus

Petite fille Mundurucus parée pour le rituel.

Petite fille Mundurucus parée pour le rituel.

Le soir, dans le village de Bragança, nous allons assister à un rituel de remerciements à « Mère-nature » pour ses bienfaits et sa générosité. Un beau moment d’authenticité et de partage. À la nuit noire, nos hôtes Mundurucus viennent nous chercher en pirogue et en silence, comme pour mieux nous imprégner de la forêt qui nous entoure. Cette ethnie amazonienne était autrefois une nation belliqueuse qui entreprenait des incursions sur les autres territoires pour obtenir des trophées de têtes ennemies. Aujourd’hui, ce sont des chasseurs, pêcheurs, agriculteurs qui luttent pour leur survie tout en restant attachés à leurs rites ancestraux. Ils se peignent toujours sur le corps des écailles de tortue, animal rusé et déterminé qui vient à bout du tapir, du jaguar, ou de l’anaconda, avant de pratiquer leur rituel d’invocation à la mère de la forêt pour obtenir d’elle l’autorisation d’aller chasser, d’avoir de la chance, d’en ramener de bonnes prises.

L’art du voyage lent

Les excursions dans la forêt ou les petits villages et les sorties en annexes ou en pirogues alternent avec les paisibles heures de navigation que chacun décline à sa manière.

Au programme, farniente sur le pont-bar, sieste dans les cabines climatisées, discussions entre passagers autour d’une caïpirinha (délicieux cocktail brésilien à base de cachaça et de citron vert) ou de jus de fruits locaux.

Au programme, farniente sur le pont-bar, sieste dans les cabines climatisées, discussions entre passagers autour d’une caïpirinha (délicieux cocktail brésilien à base de cachaça et de citron vert) ou de jus de fruits locaux.

Sans oublier les parties de pêche aux piranhas ou les pauses baignades quasi quotidiennes dans les eaux bleutées du Tapajos. Personne n’y résiste !

Les plages de sable fin d'un blanc étincelant sont dignes des Caraïbes et souvent elles ne sont que pour nous !

Les plages de sable fin d’un blanc étincelant sont dignes des Caraïbes et souvent elles ne sont que pour nous !

Au crépuscule, quand les ciels s’enfièvrent de rose et de pourpre, c’est l’heure où l’ipé et le préciosa exhalent leurs senteurs portées par la brise. La nuit venue, la cime des arbres se dessine dans la pâleur de la lune, la surface de l’eau devenue noire scintille sous les étoiles et nous pouvons admirer la Croix du Sud, symbole que l’on retrouve sur le drapeau brésilien. On se prend alors à imaginer Francisco de Orellana qui le premier descendit le cours de l’Amazone en 1542. Parti des rives du Napo, en Équateur, harcelé par des tribus hostiles, il se laissa entraîner bien malgré lui jusqu’à Belèm où il accosta au terme de plusieurs mois de navigation, narrant d’épiques combats contre de redoutables guerrières. En fait, des Indiens de la tribu des Tapuyas dans laquelle les femmes n’étaient apparemment pas réduites aux corvées domestiques mais combattaient nues aux cotés des hommes. Orellana croit alors voir là les Amazones de la mythologie grecque et c’est ainsi qu’il nomma le fleuve. …

Le bateau et son équipage

Long de 27,50 m, l’Amazon Dream est un navire de conception traditionnelle, construit en bois d’Ipe et d’Itauba. Il est sorti du chantier naval en 2007. Sa vitesse de croisière est de 11-12 nœuds (20-22 km/h). Son moteur Scania de 380 chevaux file à une vitesse de 12 nœuds. G.P.S., sonar, boussole, radio et échosonde complètent l’équipement de la timonerie. Le capitaine et son second, le mécanicien, le barman et son aide, la cuisinière, 2 femmes de chambre, un guide et un jeune stagiaire franco-brésilien qui le seconde constituent l’équipage.

Le bateau propose 9 cabines très confortables (air conditionné, salle de bain privée) et peut recevoir 18 passagers dans des conditions d’accueil, de service et de sécurité remarquables. Une équipe de passionnés vous fait partager sa connaissance de la faune, de la flore et des peuples de la forêt amazonienne.

Y aller : https://www.fleuves-du-monde.com/voyage-amazone/amazon-dream

Texte et Photos : Brigitte Postel