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Briser la glace

Après une navigation paisible, nous arrivons par grand beau à Nuuk, la capitale du Groenland : 15 000 habitants, 2 feux rouges et 3 carrefours !

Après une navigation paisible, nous arrivons par grand beau à Nuuk, la capitale du Groenland : 15 000 habitants, 2 feux rouges et 3 carrefours !

La police locale vient nous accueillir sans nous demander nos passeports. Les policiers s’assurent juste que nous ne manquons de rien et repartent. Nous restons la soirée à l’ancre dans le vieux port afin de profiter du soleil couchant.

Ville de Nuuk au soleil couchant.

Ville de Nuuk au soleil couchant.

Grand barbecue sur le pont. Au menu : grillades d’agneau et de caribou. « Mamak » : c’est bon ! L’ambiance est des plus festives et chaleureuses grâce à la sangria-vodka concoctée par notre cuisinier argentin Marcelo et aux démonstrations de danse de Natacha et d’Andrew qui excelle en twist (il est membre du club Elvis Presley de Saint Petersbourg !) La soirée se termine tard dans la nuit sous une pluie d’aurores boréales.

Nous ne sommes pas encore remis des agapes de la veille, que l’Evigedhesfjord, le fjord “éternité” est en vue.

Notre commandant laisse le bateau filer à un nœud pour nous approcher au plus près des longues falaises de glace du Tateraq sermia, le glacier des “mouettes tridactyles”, sous un ciel parfaitement bleu. Un spectacle grandiose.

Notre commandant laisse le bateau filer à un nœud pour nous approcher au plus près des longues falaises de glace du Tateraq sermia, le glacier des “mouettes tridactyles”, sous un ciel parfaitement bleu. Un spectacle grandiose.

La langue du glacier craque d’un bruit sourd. Il « chante », disent les Inuits. Quelques séracs se détachent, déclenchant une vague traitre qui parfois se transforme en un mini tsunami et peut faire chavirer un bateau de pêche.

Retour sur nos pas, direction la baie de Disko, à 300 km au-delà du cercle polaire. Le temps est toujours au beau fixe, la température d’environ 5° C et le soleil fait étinceler les icebergs que nous croisons régulièrement le long de la côte. D’énormes blocs bleutés ou laiteux, parfois grêlés de trainées noirâtres arrachées à leurs moraines natales. Ces packs poursuivent leur route cap au sud, vers les côtes du Canada, parcourant environ 3000 km avant de fondre dans les eaux du Labrador. Certains icebergs sont particulièrement dangereux, leur étrave effilée n’étant pas toujours visible sous la houle. Ils traînent dans leur sillage des growlers, gros glaçons de la taille d’une voiture. Sur le pont avant flotte le drapeau du Groenland, un cercle rouge et blanc symbolisant le soleil levant sur la banquise.

En fin de soirée, nous approchons des falaises érodées de Qeqertarsuak qui tombent à pic dans la mer. Ces orgues basaltiques, nimbés d’un voile de brume, forment une masse sombre qui tranche avec la mince bordure verte du rivage.

Port Victor, base des expéditions polaires françaises

Port Victor est le camp de base de l’équipe de Paul-Emile Victor. Il a été établi en 1948 en hommage à Victor, un des membres de l’équipe décédé juste avant l’expédition.

Port Victor est le camp de base de l’équipe de Paul-Emile Victor. Il a été établi en 1948 en hommage à Victor, un des membres de l’équipe décédé juste avant l’expédition.

L’avant dernier jour, nous naviguons en Baie de Qervain (Position: 69°47′ N et 50° 15′ O). Ciel dégagé et mer d’huile. En approchant du glacier Eqi, à 80 km au Nord d’Ilulissat dans la baie d’Ata Sund, quelques cristaux de glace en formes d’aiguilles recouvrent la surface de la baie. C’est le « frazil ». Plus on avance, plus la mer devient épaisse et dense. Cette première couche de glace fine et souple, le « nilas », peut atteindre 5 cm d’épaisseur et préfigure la banquise naissante. Chargée de l’eau douce de fonte, l’eau de mer gèle plus vite près du glacier. On entre alors dans le « brash ». Le bateau glisse dans un crépitement sec de verre brisé, entre de grosses galettes de glace fragmentée sous l’effet du vent et des courants. Ces « nénuphars » scintillants vont bientôt se compacter et se souder pour former la banquise.

Avec la lente remontée de la température durant la journée, le large glacier Eqi commence à vêler ses glaces dans un fracas sourd. Nous débarquons pour visiter la cabane construite à flanc de montagne par l’équipe de Paul-Emile Victor en 1947, début des expéditions polaires françaises en Arctique. À l’intérieur, sur les murs recouverts de papier jauni, on peut lire ces inscriptions à la main: « Qu’est-ce qu’on est venu faire ici ? On serait mieux chez nous »… ». Nous terminons l’escale par une randonnée vers une crête d’où nous découvrons le front glaciaire de l’Eqip Sermia. Quelle vue ! Seule ombre au tableau, le front du glacier recule un peu plus chaque année, signe évident du réchauffement qui s’accélère.

Destination finale : Ilulissat

S’il existe un lieu où admirer les icebergs, c’est bien Ilulissat, dont le nom signifie iceberg en Kalallisut (langue groenlandaise).

S’il existe un lieu où admirer les icebergs, c’est bien Ilulissat, dont le nom signifie iceberg en Kalallisut (langue groenlandaise).

Ilulissat est la patrie de Knud Rasmussen qui y a passé toute son enfance. Une large coulée de glaces de plusieurs kilomètres, aux formes déchiquetées, s’étend à l’horizon. Au loin, un impressionnant mur blanc se profile : le front du glacier de l’Isfjord, une des merveilles du monde, classé en 2004 par l’Unesco au patrimoine de l’humanité. Cette fonte de l’inlandsis, aucun recoin du Groenland ne la met mieux en scène que le fjord d’Ilulissat. Long de 40 km, ce défilé maritime est continuellement rempli de glace et d’icebergs plus ou moins volumineux. L’été, ces blocs se détachent de la langue du glacier Sermeq Kujalleq, l’un des principaux producteurs d’icebergs de l’hémisphère nord. Large d’environ 12 km, le glacier vêle ses géants qui avancent à une vitesse d’environ 35 mètres par jour soit quelque 13 km par an. Les plus gros peuvent dériver jusqu’au large de Terre Neuve et descendre au-delà du 42ème parallèle, région où le Titanic en 1912 ne s’attendait pas à les rencontrer.

La ville est la troisième du pays en nombre d’habitants (4500). De coquettes maisons en bois sont accrochées aux flancs des collines. Toutes sont bâties sur pilotis pour éviter leur enfoncement dans le permafrost. Beaucoup d’habitations individuelles mais aussi quelques barres de type HLM, résultat de la politique des autorités danoises dans les années 60. Par soucis d’économie et eu égard aux difficultés de déplacement la majeure partie de l’année, elles ont contraint les Inuits à se regrouper au sein d’agglomérations. Un choc culturel pour nombre d’entre eux.
Reste qu’avec la fonte progressive des glaces millénaires, un tel voyage pourrait, dans quelques décennies, n’être plus qu’un témoignage d’un temps révolu.

Texte et photos : Brigitte Postel
Y aller
Grand Nord Grand Large est spécialiste des régions polaires. L’offre varie de la randonnée à pied ou en kayak aux croisières et voyage à la carte. Les itinéraires de navigation et les bateaux peuvent changer d’une année sur l’autre.
Cap sur le Groenland sud
Prix à partir de 3900 euros
http://www.gngl.com/ps-groenland/tp-croisiere/at-randonnee/gro534–cap-groenland-sud
GNGL
Tél. : 01 40 46 05 14

Croisière Groenland - Vieux-gréement, icebergs & vestiges vikings_copyright Gérard Bodineau
Copyright Gérard Bodineau.
Croisière Groenland – Vieux-gréement, icebergs & vestiges vikings
10 jours à partir de 4500 euros
http://www.voyageursdumonde.fr/voyage-sur-mesure/voyage-groenland-narsarsuaq-hvalsey-brattahlid/croisiere-en-goelette-dans-le-sud-du-groenland/pei5947
Voyageurs du monde
Tél. : 01 42 86 16 00