Au carrefour de l’Occident et de l’Orient
« L’Orient commence aux portes de Vienne », disait Metternich en évoquant la Hongrie. Il est vrai que ce pays grand comme trois fois la Belgique ressemble par certains aspects à l’Autriche, (qui l’a occupée une cinquantaine d’années), tout en ouvrant déjà la porte vers un autre monde aux résonances orientales. L’occupation turque a ainsi laissé à la Hongrie le goût du café, du paprika, des bains et même quelques mosquées.

À l’entrée dans la plaine de Haute-Hongrie qui s’ouvre entre les derniers contreforts des Alpes et ceux des Carpates, le fleuve a 292 m de largeur et environ 6 m de profondeur. Le flux s’enfle sur sa gauche des eaux d’importants affluents venus des Carpates telles la Vah et la Neutra ; à droite, les Alpes lui envoient la Leitha et la Raab ; d’innombrables petits bras du fleuve serpentent dans la campagne et se jettent dans la Vah, la Leitha et la Raab qui les ramènent au Danube en formant ainsi de grandes îles divisées elles-mêmes en petits îlots.

Nous débutons notre traversée hongroise par une escale à Kalocsa une ville de 18 000 habitants sur la rive gauche du Danube à 110 km au sud de Budapest. Surnommée la ville du paprika, Kalocsa est également célèbre pour sa broderie que les femmes d’ici élèvent au rang d’art. On retrouve ces broderies sous forme de bouquets multicolores sur les jupes et corsages des belles locales.

Jeune fille portant un costume avec des broderies traditionnelles de Kalocsa.

Jeune fille portant un costume avec des broderies traditionnelles de Kalocsa.

Un bus nous emmène dans la Puszta, une vaste étendue de plaines et de marécages. L’utilisation traditionnelle des terres pour le pâturage des animaux domestiques y a été perpétuée par une société pastorale pendant plus de deux mille ans. Dans une des fermes, on assiste à un spectacle équestre mené par des « csikós », ces célèbres cavaliers hongrois.

Les csikos sont les inventeurs de la célèbre poste hongroise : un cavalier conduit un attelage composé de six, voire dix chevaux, debout sur la croupe des deux derniers.

Les csikos sont les inventeurs de la célèbre poste hongroise : un cavalier conduit un attelage composé de six, voire dix chevaux, debout sur la croupe des deux derniers.

On nous accueille avec de l’eau de vie, appelée « pálinka », et quelques pâtisseries. Après le spectacle les participants ont l’opportunité de faire un tour en chariot dans la puszta et de découvrir les chevaux et autres animaux de la ferme. En octobre, on peut observer des dizaines de milliers de grues cendrées voler au-dessus des prairies de ses pâturages verdoyants.

En revenant au bateau pour une longue navigation qui nous emmènera dans la capitale hongroise, nous revoyons les images des ces Csikos, descendants des guerriers magyars venus de l’Oural et de la Volga, qui se sont emparés de cet immense territoire pour y élever en semi-liberté les Nonius, à l’origine des demi-sang normands volés aux troupes napoléoniennes lors la retraite de Russie.

Un dîner de gala, servi par des garçons et des serveuses en costume traditionnel hongrois nous attend. (Dans chaque pays que nous traversons, l’équipe du restaurant adopte le costume local).

Les serveuses revêtent le costume traditionnel de chaque pays traversé.

Les serveuses revêtent le costume traditionnel de chaque pays traversé.

Au menu, une délicieuse goulash et une Dobos torta, fameux gâteau au chocolat dont le dessus est caramélisé. Le tout arrosé du vin rouge local dénommé « sang de taureau ».

Budapest, la reine des villes du Danube
Budapest est sans doute l’une des plus belles capitales d’Europe centrale. En tout cas, la plus illuminée. En la sillonnant de nuit sur le Danube, on ne peut qu’être ébloui par ces jeux de lumières qui lui confèrent un côté très poétique. À commencer par le Parlement de style néo-gothique.

Parlement de Budapest de nuit.

Parlement de Budapest de nuit.

Ses salles abritent la couronne de l’ancien royaume d’Autriche-Hongrie. Symbole de son patrimoine, le Pont de Chaînes, premier pont permanent qui fut l’une des merveilles de son époque, est enjambé par deux arcs de triomphe et gardé par deux lions de pierre à chaque tête. Il relie les rives de Buda et de Pest depuis 1849.

Formée de trois agglomérations – Buda, Obuda et Pest – la ville va se transformer au tournant du 18e et du 19e siècle pour se fondre en une seule métropole. Née d’un camp romain fortifié sur le limes (fortifications établies le long de certaines des frontières de l’Empire romain) danubien – Aquincum –, la cité fut successivement romaine, avare (peuplade turque), slave, magyare, mongole, angevine, ottomane et habsbourgeoise ! En 1873, nait la capitale de la Hongrie, au sens administratif du terme. L’unification favorise son développement : palais particuliers de style néo-renaissance, hôtels art nouveau, théâtres néoclassiques viennent s’intégrer au décor romantique des collines alentours et de son fleuve roi.
Aux pieds du château de Buda, les bains Gellert, un bijou Art nouveau, sont nichés dans un somptueux palace. Seule capitale au monde à disposer de sources d’eau thermale, la ville recèle de nombreux établissements thermaux dont certains datent de l’époque ottomane comme les thermes Rudas ou Széchenyi.

De style néorenaissance, les bains Széchenyi sont l'un des plus grands centres balnéaires d'Europe et les premiers bains thermaux de Pest.

De style néorenaissance, les bains Széchenyi sont l’un des plus grands centres balnéaires d’Europe et les premiers bains thermaux de Pest.

Les bains font véritablement partie de la vie quotidienne des Budapestois. Peu onéreux, un détour par ces lieux est donc un agréable plaisir que peuvent s’offrir les touristes tout en s’imprégnant de la réalité du pays ! Du bastion des Pêcheurs, forteresse néo-romane, nous admirons la vue sur le Danube, avant d’atteindre l’église Mathias, lieu des couronnements royaux.

Vue du Bastion des pêcheurs, construit pour les célébrations du Millénaire de la Hongrie.

Vue du Bastion des pêcheurs, construit pour les célébrations du Millénaire de la Hongrie.

Le château royal connut son heure de gloire avec Mathias Corvin. Il fut entièrement reconstruit par les Habsbourg sur les vestiges du château des Angevins, découverts lors des bombardements de la seconde guerre mondiale.