Court portrait de cet immense artiste, suivi d’un regard sur sa présence actuelle à la Fondation Louis Vuitton. Regard du photojournaliste Sylvain Grandadam.

Paris. Fondation Vuitton. Gerhard Richter, Verkündigung nach Tizian, 1973 Huile sur toile, 125 x 200 cm Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Smithsonian Institution, Washington, DC, Joseph H. Hirshhorn Purchase Fund, 1994 © Gerhard Richter 2025.
Paris. Fondation Vuitton. Gerhard Richter, Verkündigung nach Tizian, 1973
Huile sur toile, 125 x 200 cm Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Smithsonian Instit
ution, Washington, DC, Joseph H. Hirshhorn Purchase Fund, 1994 © Gerhard Richter 2025.

Richter est l’un des artistes vivants les plus influents au monde. Il est décrit par certains de ses thuriféraires comme le  » Picasso du XXIe siècle », autant pour sa capacité à se renouveler sans cesse que pour son aptitude à beaucoup produire…

Né en 1932 à Dresde, en Allemagne de l’Est, Gerhard Richter a grandi sous le régime nazi avant de subir la rigueur du réalisme socialiste soviétique. En 1961, juste avant la construction du mur de Berlin, il s’enfuit à l’Ouest, à Düsseldorf avant de s’établir à Cologne où il vit et continue de travailler. Cette double expérience des totalitarismes a forgé chez lui une méfiance profonde envers les idéologies et les vérités officielles.

La photographie comme source


Son œuvre, quasiment oxymorique, est marquée par une dualité fascinante entre deux styles qu’il alterne avec virtuosité. D’un côté et d’abord, le Photoréalisme : L’artiste reproduit sur toile des photographies, souvent floutées et fréquemment en noir et blanc, interrogeant notre perception de la réalité et de la mémoire, ce qui peut provoquer une gêne chez l’observateur.

Explorer l’abstraction

D’autre part l’Abstraction ou « Abstrakte Bilder » : À l’aide de grandes raclettes, il étale et gratte des couches de peinture fraiche pour laisser place au hasard et à la matière pure, suscitant des interrogations qui rappellent les doutes qui entourèrent le surréalisme, sur le bien-fondé pour l’artiste de solliciter la créativité de l’aléa …Quelques œuvres de personnages ou paysages échappent toutefois à cette classification et interpellent le spectateur par leur présence et leur réalisme polychrome.

Des œuvres monumentales

L’exposition en cours à la Fondation Louis Vuitton représente une sorte de Dialogue Monumental. La Fondation, fidèle à son lien étroit avec l’artiste, présente régulièrement des pans majeurs de sa collection. En ce moment, l’accent est mis sur la puissance de ses œuvres tardives et ses séries monumentales, appréciées par un expert comme « l’effacement comme vérité ». La cohérence spirituelle de Richter, malgré la diversité des formes est frappante, rendant cruciale cette exposition : Richter ne cherche pas à « représenter » le monde, mais démontre que toute image est une construction. Qu’il peigne une bougie réaliste ou une immense toile abstraite, il pourrait nous signifier que la vision est fragile.

Dernières toiles abstraites magistrales

Face aux formats gigantesques exposés, le spectateur n’est plus un simple observateur, il est « immergé » dans la couleur, la technique de la raclette crée une profondeur archéologique de palimpseste où chaque couche de peinture en cache ou en révèle une autre. On ressent dans chaque salle une discipline quasi monacale, « à l’allemande ». Pas d’ego débordant ici, mais une recherche technique constante pour atteindre ce qu’il appelle « une présence qui n’est pas nous-mêmes ».


Fondation Louis Vuitton
8 av. du Mahatma Gandhi
Paris

Du 17 octobre 2025 au 2 mars 2026

Texte et Photos : Sylvain Grandadam