À l’embouchure de l’Aven, en Bretagne sud, Pont-Aven se dévoile entre collines vertes et reflets d’eau frémissante sous les peupliers. Moulins, galeries et sentiers boisés composent le décor de cette cité d’art qui inspira Gauguin, cultivant toujours une douceur de vivre où nature, création et patrimoine se répondent au fil de l’eau.

France. Pont-Aven. En longeant les berges de l'Aven à vélo.
France. Pont-Aven. En longeant les berges de l’Aven à vélo. © OT de Pont-Aven.

Le sentier des Moulins descend vers la rivière, bordé de haies touffues où les ronces mêlent leurs vrilles aux orties. Le bourg apparaît soudain, avec ses toits d’ardoises. Au début du XXe siècle, Pont-Aven était un petit bourg réputé pour sa rivière sinueuse, ses collines boisées et ses moulins. Le célèbre dicton local «Pont-Aven ville de renom, 14 moulins et 15 maisons » faisait référence à ces 14 moulins à eau autrefois en activité.

L’Aven, miroir du temps

France. Pont-Aven, Bretagne.

L’Aven court entre les blocs de granit comme une soie verte qui s’effiloche, bruissante, s’arrêtant parfois là où le ciel se reflète tout entier. On peut rêver et imaginer des lavandières, agenouillées, battant leur linge, au milieu de la nature. Ou entendre le bruit des sabots sur les pavés, les cris des enfants qui jouent et les aboiements d’un chien. Dans les ruelles, on croisait autrefois des paysans portant leur fourrage et parfois un artiste égaré qui cherchait le bon angle pour sa toile. Les maisons s’étagent, serrées les unes contre les autres, avec leurs volets bleus, leurs balcons en bois qui ploient sous les géraniums.

Je franchis le vieux pont ; dans une prairie quelques vaches immobiles semblent ruminer l’éternité. La rivière s’alanguit, prend des airs de mer douce, bordé de coques peintes qui reposent dans la lumière, amarres gémissant comme des cordes de violoncelle. L’eau n’est plus la ressource attendue des moulins : elle respire et reflète le ciel d’un gris tendre, traversé d’éclats d’ardoise et de blancheur. Le chemin s’ouvre et le port surgit comme une confidence.

De l’auberge des peintres à la maison des livres

France. Pension Gloanec, Pont-Aven, Bretagne.

Au cœur du bourg, la pension Gloanec fondée en 1860 accueillait les visiteurs avec une rigueur douce : chambres modestes, repas simples mais copieux. Elle appartenait à des gens ordinaires : Marie-Jeanne Gloanec, surnommée « la mère Gloanec », et son mari. Ce fut l’auberge des artistes de l’Ecole de Pont-Aven, tels que Paul Gauguin, Paul Sérusier, Emile Bernard et bien d’autres. Les repas étaient simples : soupe épaisse, galettes, cidre local. Les peintres s’installaient dans des chambres à l’étage, posant leurs chevalets près des fenêtres ouvertes sur la rivière. Ils discutaient la lumière, la couleur, la forme mais connaissaient le poids des bols de soupe. Aujourd’hui, le bâtiment d’origine abrite une librairie avec des expositions et des événements littéraires. Fidèle à son histoire artistique, elle offre un espace de rencontre et de réflexion autour de l’art et de la littérature.

Un port dans la ville

Une odeur de varech emplit l’air. Le port se dévoile au détour du quai Théodore Botrel ; il bat au rythme des marées, gorgé de sel et de vent. Les mâts dressés griffent le ciel, forêt de bois et de cordages à l’assaut des nuages. Chaque bateau, quille posée dans la vase ou bercée par l’onde semble prêt à repartir pour le grand large, comme si l’Atlantique n’attendait qu’un signe.
Depuis le Moyen Âge, Pont-Aven est un port fluvial. Les bateaux venaient y faire escale pour y décharger sel et vin, et pour ensuite transporter, sur toute la façade atlantique, des céréales, du granit, du bois… Aujourd’hui le port a changé de cadence. Il est le point de départ de randonnées ou d’excursions en bateau à bord des « vedettes Aven Belon » ou du bateau électrique « La Bell’Aven ».

Glisser dans un tableau

L’air fouette, puissant, chargé de varech et de goémon. Les mouettes roulent leurs cris aigus dans le vent et le battement de leurs ailes semblent nous appeler vers le large, comme si le monde s’élargissait jusqu’à l’infini. Un bateau électrique, la Bell’Aven, silencieux, inodore, nous emmène en balade commentée sur l’Aven jusqu’à la plage de Port Manec’h. Le bateau avance, silencieux et le paysage ressemble à une peinture. Le silence du moteur rend tout plus vif : le clapotis des vaguelettes, le cri aigu d’une mouette, l’éclair bleu d’un martin-pêcheur qui fend l’air. Le Bell’Aven glisse comme un pinceau sur la toile. Les arbres, sur la rive, déroulent leurs feuillages en masses sombres. Gauguin aurait pu les peindre en arabesques, cernés de noir. Les rochers surgissent par blocs – granit rosé, gris perle, noir bleuté – on croirait voir les audaces d’Emile Bernard qui faisait chanter les ombres. Le paysage semble sorti d’un tableau : un moulin ruiné, ses pierres tachées d’ocre, semble attendre le pinceau de Gauguin. Plus loin, un champ s’incline vers la berge, ses verts rappelant la joie simple des Nabis.


Le bateau avance et les peintres se taisent, fantômes bienveillants assis sur le pont du Bell’Aven. Gauguin, barbe sombre, regarde l’eau et plisse les yeux, prêt à tracer des contours invisibles. À côté, Sérusier note d’un geste rapide chaque reflet qui devient une couleur pure. Emile Bernard, ironique, regarde les blocs de granit, pierres sacrées qui s’ordonnent comme des figures bibliques. Le bateau avance, les peintres se taisent. Peut-être, songent-ils que ce bateau électrique et discret leur donne ce qu’ils cherchaient : une perspective mouvante, une peinture qui se fait sous leurs yeux, sans qu’ils aient à lever le pinceau.
Et la Bell’Aven devient un atelier flottant, une barque des songes où l’eau, les arbres et la lumière réinventent la peinture.

Promenades

France. Pont-Aven, Bretagne.
  • Les moulins à eau au fil de l’eau
    Les nombreux chaos granitiques affleurant dans le lit de l’Aven ont favorisé l’implantation de barrages et l’aménagement de moulins en ville et dans les alentours.
  • Promenade sous les grands hêtres dans Le Bois d’Amour
    Longeant les rives de l’Aven, c’est un haut lieu de l’histoire de la peinture : sous la dictée de Paul Gauguin, ce sont les ombrages du Bois d’Amour qui auraient inspiré le peintre Paul Sérusier pour son légendaire tableau « Le Talisman », manifeste du mouvement Nabi et prélude de l’art abstrait.
  • Balade sur l’Aven : Le voyage de 1h 40 commence au bout du quai Théodore Botrel à Pont-Aven pour une échappée jusqu’à la plage de Port-Manec’h.
    29930 Pont-Aven
    www.labellaven.fr
    07 65 70 48 42
    Balade : 1 h 40, 24 €

Musée de Pont-Aven

France. Musée de Pont-Aven. Paul GAUGUIN, Village breton sous la neige, vers 1894 ? ou vers 1898-1899 ? huile sur toile, dépôt du musée d’Orsay.

Plus de 200 œuvres pour plonger dans l’esthétique de la célèbre « École de Pont-Aven ». Œuvres de Paul Gauguin, Émile Bernard, Paul Sérusier, et d’autres artistes de l’École de Pont-Aven. Les outils numériques accompagnent le visiteur tout au long de la visite avec les bornes multimédias. La collection permanente compte 4 500 œuvres. Elle permet de parcourir la vie artistique de Pont-Aven depuis les années 1860 et l’établissement d’une première colonie d’artistes américains, jusqu’à la peinture bretonne du milieu du XXe siècle. Cette seconde génération de peintres, plus désargentée que les « Américains », un groupe informel de peintres venus des États-Unis, donne souvent sa préférence aux établissements d’Angélique Marie Satre, la fameuse « Belle Angèle » dont le portrait par Gauguin est aujourd’hui exposé au musée d’Orsay, ou de Marie-Jeanne Gloannec à la Pension Gloanec.
La prochaine exposition « Jean Painlevé, les pieds dans l’eau » ouvre le 7 février 2026.

La chapelle de Trémalo

France. Pont-Aven. Construite en 1550, la chapelle de Trémalo est de fondation seigneuriale : le blason des du Plessis figure à plusieurs endroits de l'édifice. Son style relève encore du gothique flamboyant. GO69/Commons.
France. Pont-Aven. Construite en 1550, la chapelle Notre-Dame de Trémalo est de fondation seigneuriale : le blason des du Plessis figure à plusieurs endroits de l’édifice. Son style relève encore du gothique flamboyant. © GO69/Commons.

Probablement la plus célèbre des chapelles bretonnes, la chapelle de Trémalo est une chapelle privée, située sur les hauteurs qui dominent Pont-Aven. Elle se situe sur le chemin qui monte du bourg vers le manoir du Plessis-Nizon (résidence du propriétaire) de la chapelle, et, d’autre part, vers le hameau de Trémalo. On y accède par une longue allée de chênes et de châtaigniers, qu’on appelle ici le Bois d’amour.

France. Pont-Aven. Christ jaune de la chapelle Notre-Dame de Trémalo. Pierre-André Leclerc/Commons.
France. Pont-Aven. Christ jaune de la chapelle Notre-Dame de Trémalo. © Pierre-André Leclerc/Commons.

Cette chapelle reste l’un des emblèmes de l’École de Pont-Aven et des Nabis : lors de son séjour en Bretagne, le peintre Paul Gauguin représentera à deux reprise le Christ en croix exposé dans la chapelle. Son « Christ Jaune » (conservé à l’Albright-Knox Art Gallery de Buffalo aux États-Unis) et son « Autoportrait au Christ Jaune » (musée d’Orsay à Paris) sont aujourd’hui encore considérés comme de véritables manifestes du mouvement Nabis et du Synthétisme.
Ouverte tous les jours pour les visiteurs de 10h à 17h d’octobre à juin et de 10h à 18h de juillet à septembre.

Les galettes de Pont-Aven

Pont-Aven a aussi vu naitre un autre chef-d’œuvre : la petite galette au beurre, spécialité locale. Cette savoureuse douceur bretonne est devenue emblématique de la Bretagne ! Elle a aussi donner son nom au film éponyme tourné en 1975 avec l’acteur Jean-Pierre Marielle
Magie de Noël : de début décembre à début janvier, jeux de lumières dans les rues de Pont-Aven : emblématique parcours lumineux imaginé par l’artiste éclairagiste, Jean-Pol Gloaguen.

Informations pratiques
Bureau d’information touristique de Pont-Aven
Le Pavillon – 2 Rue Louis Lomenech – 29 930 Pont-Aven
+33 (0)2 98 06 87 90

Texte et Photos : Michèle Lasseur hors mention