À l’ouest de Porto, à distance du tumulte de la Ribeira et du fracas des vagues de Foz, la ville abrite un havre de silence et de lignes pures : la Fondation Serralves. Elle révèle le visage le plus audacieux et le plus contemporain de Porto. Plus qu’un musée, c’est un domaine de 18 hectares où dialoguent l’architecture moderniste du Musée d’Art Contemporain, l’Art déco emblématique de la Casa de Serralves et un parc paysager semé d’œuvres monumentales.
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La villa et le musée s’ouvrent sur un jardin habité de sculptures parfois déroutantes, qui surgissent au détour d’une allée comme des présences inattendues. La Fondation accueille de grandes expositions temporaires et abrite le principal musée d’art moderne de la ville, faisant de ce lieu un espace vivant, en perpétuel dialogue entre nature, architecture et création contemporaine.
La Fondation voit officiellement le jour en 1989, dans un Portugal transformé par la Révolution des Œillets (1974). Le pays cherche alors à affirmer son ouverture culturelle vers l’Europe. L’État portugais, des mécènes privés et des entreprises s’unissent pour créer à Porto un grand centre d’art contemporain capable de rayonner à l’international. Le choix se porte sur La Casa de Serralves, située dans les collines de l’ouest de Porto.
La Villa Serralves : Un manifeste Art déco

Sur cette propriété, acquise dans les années 1920, le comte Carlos Alberto Cabral (1895-1968) fait construire une villa spectaculaire, achevée dans les années 1930, chef-d’œuvre Art déco aux lignes géométriques et aux intérieurs raffinés. En franchissant le seuil, on imagine sans peine les réceptions mondaines de la famille Cabral. Les luminaires géométriques et les vues cadrées sur les jardins comme des tableaux vivants créent une atmosphère cinématographique. Avec ses marbres, ses boiseries précieuses et ses ferronneries stylisées, cette maison reste aujourd’hui l’un des plus beaux exemples du style Art Déco en Europe et l’institution culturelle la plus visitée du Portugal.
Le Musée : La signature d’Álvaro Siza

À quelques pas de là, le décor change radicalement. En 1999, un nouveau bâtiment vient compléter l’ensemble : le musée d’art contemporain, dessiné par l’architecte portugais Álvaro Siza Vieira, lauréat du prix Pritzker. Le bâtiment ne cherche pas à dominer le paysage, il s’y fond. Minimaliste, baigné de lumière naturelle, le musée épouse la topographie du parc et dialogue subtilement avec la villa historique. Les volumes sont vastes, les murs d’un blanc pur, laissant toute la place aux œuvres souvent audacieuses d’artistes internationaux et locaux.

La collection permanente rassemble plus de 4 500 œuvres, principalement des années 1960 à nos jours, avec un accent fort sur la création portugaise. On y retrouve des figures majeures comme :
• Helena Almeida (1934-2018), dont les autoportraits performatifs interrogent le corps et l’espace ;
• Julião Sarmento (1948-2021), explorant désir et mémoire ;
• Paula Rego (1935-2022, célèbre pour ses œuvres puissantes et narratives, souvent inspirées de contes et de tensions sociales.
Notons cependant que le musée présente des œuvres et installations contemporaines élitistes, d’artistes « haut perchés », qui nous ont laissé interrogatifs sur la sélection, tant on se demande où est l’intérêt d’exposer ce type de bidules…
La Fondation produit toutefois des expositions temporaires ambitieuses, invitant des artistes internationaux de premier plan et affirmant son rôle dans les grands réseaux européens de l’art contemporain.
Le parc Serralves, un musée à ciel ouvert

Dessiné dans les années 1930, le parc paysager est une œuvre en soi. Conçus par l’architecte urbaniste Jacques Gréber (1882-1962), il offre une grande diversité d’espaces naturels et aménagés, conçus pour être explorés à pied à travers différents circuits et ambiances. C’est un jardin très moderne pour l’époque. Dans la proximité immédiate de la Casa de Serralves, on trouve des jardins à la française, avec des tracés géométriques soignés qui s’étendent sur près de 500 m vers le fleuve Douro. Ces jardins formels se caractérisent par des parterres réguliers, des axes de perspective et des compositions symétriques qui dialoguent avec la façade élégante de la villa. Allées bordées de camélias, roseraie, étangs, buis et vastes pelouses structurent l’espace.
À l’extrémité de l’axe principal, un escalier descend vers une pièce d’eau de style romantique, nichée dans une légère dépression du terrain. Des allées sinueuses nous conduisent vers des zones plus sauvages, des bois et sous-bois avec une grande variété d’arbres (près de 200 espèces d’arbres et d’arbustes autochtones ou exotiques), des potagers et même une ferme traditionnelle (Quinta), rappelant les origines rurales du domaine : bâtiments agricoles, enclos et quelques animaux.
Mais ce qui surprend, ce sont les œuvres monumentales disséminées entre les arbres.

On peut y découvrir des installations de grands noms de l’art contemporain international. Au détour d’un bosquet, on tombe sur le célèbre Plantoir géant de Claes Oldenburg (1929-2022) et son épouse Coosje van Bruggen (1942-2009), maîtres du pop art monumental ; ou une œuvre de Richard Serra, connu pour ses sculptures en acier corten aux lignes imposantes et courbes.

Depuis 2019, une passerelle en bois suspendue, le « Treetop Walk » permet aux amateurs qui n’ont pas le vertige de parcourir la canopée à plusieurs mètres du sol, offrant une perspective inédite sur le domaine.
Un lieu de vie et de débats

Serralves est aussi un espace de réflexion. Conférences, festivals, projections, concerts et programmes éducatifs rythment l’année. Chaque printemps, la « Nuit des Musées » attire des milliers de visiteurs qui investissent le parc jusqu’à l’aube.
En été, le parc est un havre de fraîcheur bienvenu. On aime s’y promener en fin de journée, quand la lumière dorée de Porto (la fameuse hora de ouro ou heure d’or) vient sublimer les façades roses de la Villa.
Ce qui frappe en parcourant Serralves, c’est le calme, la sérénité qui y règne, une parenthèse bucolique loin des foules du centre-ville. On est saisi par le contraste avec le centre historique de Porto. Là où la Ribeira raconte le passé maritime et marchand, la fondation projette la ville vers l’avenir. Elle est le cœur battant de la modernité portugaise et incarne une Porto cultivée, audacieuse, en dialogue permanent avec le monde.
Fundação Serralves
R. Dom João de Castro 210
4150-417 Porto
Se renseigner
Office de tourisme du Portugal
3, Rue de Noisiel
75116 Paris
01 56 88 31 90
https://visitportugal.com/fr
Texte : Brigitte Postel
Photos : Selon indication




