À seulement deux heures de vol de Paris, la deuxième ville du Portugal ne se contente plus d’être l’alternative discrète à Lisbonne. C’est une destination idéale pour un city break.
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Régulièrement sacrée « Meilleure destination européenne » (un titre qu’elle collectionne depuis 2012), Porto s’enorgueillit du nom de « Invicta Cidade ». Un titre hérité des sièges qu’elle a repoussés au fil des siècles. Libre et rebelle, elle garde sur ses azulejos et ses monuments l’épopée des navigateurs partis au XVe siècle explorer les Indes et le Brésil et les témoignages de son profond enracinement catholique.


Porto cultive un paradoxe fascinant : une nostalgie de façade qui cache une énergie créative débordante. Ici, l’histoire lusitanienne ne s’étudie pas dans les livres, elle se lit à ciel ouvert sur les façades de faïence. Les azulejos sont partout, sur les murs des églises et des couvents, dans les devantures des boutiques surannées du quartier de la Baixa ou dans le hall de la gare de Sao Bento.
L’azulejo, le bleu pour horizon

Le voyage commence souvent par un choc visuel à la gare de São Bento, construite au début du IXe siècle sur les ruines de l’ancien couvent de Saint-Benoît d’Ave Maria. Dans son hall monumental, 20 000 carreaux de faïence bleus et blancs (les célèbres azulejos) composent une fresque saisissante. On lève les yeux, on retient son souffle : le quotidien devient épopée. Créés par Jorge Colaço (1848-1962) en 1930, ces faïences retracent l’histoire des transports et les grands épisodes historiques du Portugal.

Plus loin, le cloître de la Cathédrale Sé, daté du XIVème siècle, a été bâti sous l’égide de Jean Ier du Portugal. Il offre un contraste étonnant entre la rigueur de la construction gothique et la délicatesse des faïences de Valentim de Almeida (début XVIIIe) qui narrent la vie de la Vierge Marie et des scènes tirées des Métamorphoses d’Ovide et du Cantique des Cantiques. Dans le quartier de la Baixa, cœur commerçant et vibrant du centre-ville, le bleu de cobalt court le long des façades austères comme un fil d’Ariane, guidant le regard à travers la ville.
Toutefois, Porto refuse de n’être qu’un musée. On grimpe des ruelles abruptes où le linge claque au vent, on croise des tramways centenaires qui grincent sur leurs rails, on s’immerge dans le tumulte des rues et l’on finit toujours par redescendre vers le fleuve.
Le Douro, trait d’union entre deux mondes

Le Douro n’est pas qu’une frontière liquide ; c’est l’artère vitale de la région. D’un côté, les maisons colorées de la Ribeira (classée à l’UNESCO depuis 1996) s’empilent sur sa rive comme un décor de théâtre. De l’autre, Vila Nova de Gaia aligne les enseignes mythiques des grandes maisons de vin de Porto.

À Gaia, l’air est marqué par les effluves de chêne humide et les vapeurs sucrées s’échappant des chais millénaires. Un vin dit « fortifié » car on a arrêté sa fermentation en ajoutant de l’eau-de-vie. Parmi les institutions, la Casa Ferreira reste un passage obligé. Fondée en 1751, elle porte l’héritage de Dona Antónia Adelaide Ferreira, véritable « Veuve Clicquot » portugaise, et figure visionnaire du XIXe siècle qui consacra sa vie au vignoble familial et à l’amélioration des conditions de travail dans le Douro.
São Pedro da Afurada

Pour observer l’âme maritime de la région, poussez jusqu’à São Pedro da Afurada. Situé à l’embouchure du Douro, ce village illustre aujourd’hui la transition rapide de la rive sud de Porto. Si le cœur historique conserve ses caractéristiques traditionnelles avec ses maisons étroites tapissées d’azulejos et un lavoir communautaire encore fréquenté, le paysage urbain périphérique s’est profondément transformé.
Ces dernières années, la construction de complexes résidentiels et l’extension de la marina ont modifié les abords du village. Le quartier change rapidement, porté par l’immobilier moderne et souvent moche, retirant à chaque fois un peu plus de l’âme d’Afurada. Malgré cette pression immobilière, Afurada demeure un centre important de la culture maritime locale. Les pêcheurs y entretiennent toujours leurs filets sur les quais et les restaurants continuent de pratiquer la cuisson traditionnelle du poisson frais sur des grils extérieurs installés à même le trottoir. On y déguste des sardines grillées et des plateaux de fruits de mer face au fleuve, au son des conversations animées des locaux.
Entre faste Belle Époque et renouveau populaire

De retour sur la rive gauche, la remontée vers le quartier de la Baixa offre une plongée dans le Porto des années folles. Au Café Majestic, entre miroirs biseautés et boiseries sculptées, le temps s’arrête le temps d’un café serré et d’un pastel de nata encore tiède.

Mais le vrai signe de la vitalité de Porto débute rue Santa Catarina. Elle déroule sa grande artère commerçante jusqu’au Mercado do Bolhão. Récemment rénové après des années de travaux, ce marché historique a retrouvé sa superbe sans perdre son âme. Sous sa structure métallique, les étals de morue séchée côtoient les nouveaux comptoirs gastronomiques où la jeune garde des chefs portugais réinterprète le terroir. Plus de 70 commerçants proposent des produits variés, allant du poisson aux légumes et aux fruits, mais aussi de l’artisanat ou des cafés, pour ne citer que quelques exemples. Sans oublier des restaurants qui restent ouverts après la fermeture du marché.


En remontant vers l’Église des Clercs, dont la tour offre l’un des plus beaux panoramas sur la ville, on pousse la porte de la fascinante Librairie Lello. Son escalier à double volée, d’inspiration Art nouveau, (souvent associé à l’univers de J.K. Rowling), semble tout droit sorti d’un roman fantastique. La lumière filtrée par la verrière éclaire les rayonnages de bois sombre : un décor qui invite à la rêverie.

Porto se vit intensément. C’est une ville qui ne s’offre pas au premier regard, mais qui, une fois apprivoisée, ne vous quitte plus. Une ville à taille humaine, intense mais accessible, où l’on passe du tumulte des ruelles à la douceur du fleuve en quelques pas. Le temps d’un week-end, l’Invicta dévoile ses contrastes : populaire et élégante, nostalgique et créative, fière de son passé mais résolument tournée vers l’avenir. Un city break qui a le goût du sel, du vin et de la lumière du grand large.
Pour une expérience gastronomique d’exception, deux tables s’imposent
Casa de Chá da Boa Nova
Posé sur un rocher face à l’océan, le restaurant est classé Relais&Châteaux et affiche 2 étoiles au Michelin. La cuisine du duo de chefs Rui Paula et Catarina Correia, transforme les produits de la mer en poésie culinaire dans un bâtiment moderniste signé Álvaro Siza Vieira.
Plus intimiste, Antiqvvm, perché au-dessus du Douro, marie haute cuisine et panorama spectaculaire dans un jardin romantique. Le Chef Vítor Matos abhorre également deux étoiles au Guide Michelin.
Se renseigner
Office de tourisme du Portugal
3, Rue de Noisiel
75116 Paris
01 56 88 31 90
https://visitportugal.com/fr
Texte : Brigitte Postel
Photos : Selon indication




