Au château de Beauregard, l’exposition immersive de Chris Morin-Eitner « Il était une fois demain » prend le temps à contre-pied : le passé y fait des clins d’œil au futur. Les œuvres invitent à un voyage décalé au cœur des imaginaires de demain, où mémoire et anticipation se répondent dans un dialogue poétique.
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Architecte de formation et photographe voyageur, Chris Morin-Eitner développe depuis plusieurs années une œuvre à la croisée de ses deux passions. Inspiré par les univers d’Hubert Robert (1733-1808) et du Douanier Rousseau (1844-1910), il compose des images denses et luxuriantes, où le réel se mêle à une part pleinement assumée de fiction.
Oscillant entre le fantastique et une observation minutieuse du monde contemporain, l’artiste propose une lecture singulière de notre civilisation. Sa série « Il était une fois demain » en est une saisissante illustration : les métropoles, jadis emblèmes de puissance et de modernité, y deviennent d’étranges édens, luxuriants et silencieux. La nature y reprend ses droits, transformant les paysages urbains en visions aussi fascinantes qu’inquiétantes, où s’esquisse une méditation écologique d’une rare acuité.
Quand les « Illustres » rencontrent demain

Aujourd’hui, c’est au Château de Beauregard qu’il choisit d’inscrire cette rêverie active. Dans ce lieu chargé d’histoire, il met en regard différentes époques, créant un dialogue visuel entre patrimoine et création contemporaine.
Dans la célèbre galerie des portraits, dite aussi galerie des « Illustres » (1), l’artiste orchestre une rencontre subtile entre les siècles. Les visages d’hier semblent répondre aux visions de demain, comme si le temps, suspendu l’espace d’un instant, consentait enfin à se raconter autrement. L’histoire n’y apparaît plus comme une succession linéaire d’événements, mais comme une conversation ininterrompue entre ce qui fut, ce qui est et ce qui pourrait advenir.
« On a laissé les fenêtres ouvertes et le fameux jardin en mouvement du parc, créé par le paysagiste Gilles Clément, est entré dans le château de Beauregard. Le jardin a, comme par osmose, littéralement envahit la Galerie des portraits. À travers les siècles, drapés dans leur splendeur végétale, les Illustres nous regardent. Que fait l’homme du monde dont il a hérité et dont il s’est accaparé sans partage ? Se contentera-t-il de le consommer tranquillement jusqu’au bout, jusqu’à épuisement ? « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » murmure judicieusement Rabelais (1483 ou 1494- 1553), l’un des Illustres de la galerie des portraits, à chevelure désormais végétale. Les images de la série racontent cette réconciliation de l’humain avec la nature, c’est à dire avec lui-même », explique Chris Morin Eitner.
Une galerie de portraits devenue forêt

Dans cette image monumentale, l’un des « Illustres », Richelieu (1585-1642), semble s’être affranchi du cadre figé de l’Histoire pour pénétrer dans un monde recomposé, presque organique, où le végétal redessine les contours du réel.
Son visage, traité avec une précision quasi picturale, conserve la solennité des portraits d’apparat. Mais autour de lui, l’univers bascule : la végétation s’infiltre dans les ornements, grimpe le long des moulures, déborde du cadre comme si la nature reprenait silencieusement possession des lieux. Lianes, feuillages denses et éclats d’une lumière presque tropicale viennent perturber l’ordre classique de la représentation, brouillant les frontières entre patrimoine et imaginaire.
L’« llIustre » n’est plus seulement une figure historique figée dans la mémoire collective ; il devient le témoin d’un monde en mutation, suspendu entre musée imaginaire, forêt renaissante et futur en expansion.
Pour cette exposition, Chris Morin-Eitner a fait imprimer toutes ses créations sur de vastes lés de tissu, déployés du sol au plafond. Le visiteur ne se contente plus d’observer les œuvres : il les traverse. La galerie des portraits se métamorphose en une forêt d’images, immersive, luxuriante et sauvage, où l’Histoire semble peu à peu se laisser envelopper par le vivant.
1 – Le terme « Illustres » n’a pas été choisi au hasard : il renvoie à la notion d’hommes et de femmes illustres dont les actions ont marqué l’histoire.
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Château de Beauregard
12 Chemin de la Fontaine
41120 CELLETTES.
https://beauregard-loire.com/il-etait-une-fois-demain-beauregard-de-chris-morin-eitner/
À découvrir jusqu’à la fermeture annuelle du château, le 11 novembre.
Texte : Michèle Lasseur
Photos : Château de Beauregard



