Entre Méditerranée étincelante, villages perchés et paysages préservés, le golfe de Saint-Tropez réinvente l’art de vivre provençal. Le golfe de Saint-Tropez ne se résume pas à Saint-Tropez. Le plus surprenant est peut-être ailleurs. Derrière l’image glamour qui a fait le tour du monde, ce territoire est devenu l’un des plus engagés dans la préservation de son patrimoine naturel. Pour en saisir l’esprit, nous avons choisi de faire étape dans quelques villages emblématiques : Ramatuelle, Grimaud, Cogolin.

France. A la Marine de Cogolin, le temps a jeté l'ancre. © Golfe de-Saint Tropez.
France. Dans la Marina de Cogolin, le temps a jeté l’ancre. © Golfe de-Saint Tropez.

On croit le connaître. Quelques images suffisent généralement à interpeller notre imaginaire: des yachts amarrés dans le port, des terrasses animées, la lumière éclatante de la Méditerranée et cette atmosphère unique qui, depuis des décennies, attire artistes, écrivains, cinéastes et voyageurs du monde entier.
Mais derrière cette carte postale se révèle un territoire infiniment plus profond. Un territoire où l’authenticité provençale dialogue avec l’élégance de la Côte d’Azur. Un territoire où la nature demeure omniprésente. Avec la Méditerranée pour horizon et le massif des Maures pour écrin, le golfe de Saint-Tropez apparaît aujourd’hui comme l’une des plus belles démonstrations de ce que peut être un tourisme conscient de son héritage.

France. Là où les vignes regardent la mer, le Domaine Madrague à la Croix Valmer cultive l'essence même du Golfe de Saint-Tropez. © Domaine Madrague.
France. Là où les vignes regardent la mer, le Domaine Madrague à la Croix Valmer cultive l’essence même du Golfe de Saint-Tropez. © Domaine Madrague.

Composé de douze villages, ce territoire offre peut-être l’un des plus beaux visages de la Provence. Une terre où les ruelles pavées descendent vers des places ombragées de platanes, où les vignes s’étendent jusqu’à l’horizon et où la Méditerranée surgit à chaque détour comme une récompense.
Ici, la lumière possède quelque chose d’unique. Elle caresse les pierres blondes de Grimaud, embrasse les façades couvertes de jasmin et de bougainvilliers de Ramatuelle, part à la rencontre des artisans de Cogolin et sublime les criques de ses caps, dignes des mers du Sud.

Le phare du Cap Camarat, sentinelle de la Méditerranée

France. Sentinelle de pierre face à l'infini, le phare du Cap Camarat est le gardien silencieux d'un des plus beaux horizons de Méditerranée. © JL Chaix.
France. Sentinelle de pierre face à l’infini, le phare du Cap Camarat est le gardien silencieux d’un des plus beaux horizons de Méditerranée. © JL Chaix.

À l’extrémité de la presqu’île de Ramatuelle, le phare du Cap Camarat domine l’une des portions les plus spectaculaires du littoral varois. Racheté par le Conservatoire du Littoral, il est le deuxième phare le plus haut de France (134 mètres). Autour de lui, la nature conserve un caractère sauvage. En face, la longue plage de Pampelonne et ses dunes réaménagées ces dernières années. Le vaste massif des Maures, les caps de Camarat, Bonne Terrasse, Lardier et Taillat et leurs criques aux eaux cristallines. La vue embrasse l’ensemble du golfe. Comme un gardien chargé de veiller non seulement sur les marins mais aussi sur un patrimoine naturel d’une valeur inestimable.

Douze villages, une même âme


Chaque village posséde son caractère propre tout en participant à une histoire commune. Cette diversité constitue sa richesse.
D’un côté, le littoral déroule ses plages de sable fin, ses caps rocheux et ses criques secrètes. De l’autre, l’arrière-pays dévoile collines, vignobles, forêts méditerranéennes et villages perchés. Partout, la Provence demeure présente. Dans les marchés aux senteurs de thym et de lavande. Dans les façades ocre chauffées par le soleil. Dans le chant des cigales qui accompagne les longues journées d’été.

Pampelonne, l’icône retrouvée

France. Vue aérienne de la plage de Pampelonne. dronepicr.
France. Vue aérienne de la plage de Pampelonne. © dronepicr.

Il est impossible d’évoquer le golfe sans parler bien sûr de Pampelonne. Longue de près de cinq kilomètres, cette plage mythique de renommée internationale, située sur le territoire de Ramatuelle, aurait pu être condamnée à l’artificialisation. Pourtant, au fil des années, une prise de conscience s’est imposée. Face aux enjeux environnementaux, à la nécessité de préserver un espace naturel exceptionnel, un vaste travail d’aménagement a été engagé auprès des propriétaires des restaurants et des plages. Aujourd’hui, Pampelonne illustre ainsi un nouveau modèle. Celui d’un tourisme qui cherche à concilier fréquentation touristique et respect des écosystèmes. La plage a ainsi retrouvé progressivement son équilibre naturel.

Ramatuelle, le village suspendu

France. Vu du ciel, Ramatuelle s'organise en cercles concentriques. Un village qui se découvre au rythme de ses courbes. © E. Bertrand.
France. Vu du ciel, Ramatuelle s’organise en cercles concentriques. Un village qui se découvre au rythme de ses courbes. © E. Bertrand.

Au-dessus de Pampelonne, Ramatuelle semble veiller sur la baie. Accroché à sa colline, le village déroule ses ruelles circulaires. Ses maisons aux volets pastel racontent une Provence préservée des excès du temps.
Sur la place de l’Ormeau, le porche de l’église Notre-Dame constitue l’un des éléments patrimoniaux les plus remarquables du village. Orné de serpentine verte datant de 1620, il raconte ainsi à lui seul plusieurs siècles d’histoire. Il rappelle l’époque où Ramatuelle vivait encore derrière ses remparts, tournée à la fois vers la mer et vers la défense de son territoire.

France. Enserré dans les collines du massif des Maures, Ramatuelle a su garder l’âme d’un village provençal. © E. Bertrand.

Au fil des ruelles, un autre souvenir accompagne le visiteur : celui de Gérard Philipe. Figure mythique du théâtre et du cinéma français, l’interprète de Fanfan la Tulipe venait régulièrement séjourner dans la maison familiale de son épouse, Anne Philipe. Tombé sous le charme du village et de ses paysages, il contribua à faire connaître Ramatuelle bien au-delà des frontières de la Provence. Aujourd’hui encore, plusieurs portraits et évocations de l’acteur témoignent de cet attachement réciproque entre l’artiste et le village.
Cette mémoire se prolonge chaque été à travers l’un des rendez-vous culturels les plus réputés du littoral méditerranéen. Lorsque les cigales se taisent à la tombée du jour, le théâtre de verdure devient l’une des scènes les plus prisées du Sud de la France. Créé en 1985 par Jacqueline Franjou et Jean-Claude Brialy avec le soutien d’Anne Philipe, le Festival de Ramatuelle est né en hommage à Gérard Philipe. Depuis plus de quarante ans, cette manifestation mêle théâtre, humour, musique et variétés dans un cadre exceptionnel, à quelques kilomètres seulement de Saint-Tropez. Sous les pins et les étoiles de la Méditerranée, les plus grands noms de la scène française s’y succèdent chaque été.
Ramatuelle résume ainsi à merveille l’identité du golfe de Saint-Tropez : un équilibre subtil entre patrimoine, nature, culture et art de vivre. Avec quelques adresses à découvrir, comme le restaurant bio et bar associatif  » Qui l’eut cru « .

Grimaud, le balcon du golfe


Peu de villages offrent un panorama aussi spectaculaire que Grimaud. Dominé par les vestiges de son château médiéval, le village semble suspendu entre ciel et mer. Au loin se dessinent les silhouettes de Saint-Tropez et de son célèbre clocher ocre, tandis que les collines couvertes de pins parasols encadrent ce tableau typiquement provençal.

France. À quelques centaines de mètres du village de Grimaud, le vieux moulin à vent veille encore sur les paysages, témoignage du passé agricole de la région. © E. Bertrand.
France. À quelques centaines de mètres du village de Grimaud, le vieux moulin à vent veille encore sur les paysages, témoignage du passé agricole de la région. Chaque année, Grimaud célèbre son moulin à la fin juin en proposant plusieurs animations dont des démonstrations de danses folkloriques. © E. Bertrand.
France. Grimaud. Derrière le nom enchanteur de "Pont des fées" se cache l’ancien aqueduc qui a permis, aux XVIe et XVIIe siècles, d’apporter l’eau au village de Grimaud jusqu’à une fontaine, aujourd'hui disparue, qui se situait, alors, dans le quartier de l’église. © golfe de Saint-Tropez.
France. Grimaud. Derrière le nom enchanteur de « Pont des fées » se cache l’ancien aqueduc qui a permis, aux XVIe et XVIIe siècles, d’apporter l’eau au village de Grimaud jusqu’à une fontaine, aujourd’hui disparue, qui se situait, alors, dans le quartier de l’église. © Golfe de Saint-Tropez.

Situé à quelques pas du village de Grimaud, le Pont des Fées demeure l’une des plus belles promenades bucoliques de la région. Dressé au-dessus de la rivière de la Garde, cet ancien ouvrage témoigne du rôle essentiel qu’a toujours joué l’eau dans cette partie du Midi, où chaque source constituait autrefois une richesse précieuse. Aujourd’hui encore, l’eau fait partie intégrante de l’âme du village. Au détour des placettes ombragées apparaissent de nombreuses fontaines anciennes dont le murmure accompagne la promenade. Elles constituent autant de haltes rafraîchissantes qui participent au charme intemporel de ce village où le temps semble ralentir.

France. La Placette de Grimaud et sa fontaine octogonale. © Tourisme de Grimaud.

Mais Grimaud sait aussi conjuguer patrimoine et création contemporaine. Comme nous le fait remarquer la guide de l’office de tourisme, ses ruelles et ses places accueillent chaque année des œuvres de street art qui dialoguent avec les pierres séculaires du village.

Chaque été, Grimaud vibre aussi au rythme des Grimaldines, l’un des rendez-vous culturels les plus emblématiques du golfe de Saint-Tropez. Créé au début des années 2000, ce festival transforme les ruelles du village et les abords du château en une véritable scène à ciel ouvert où les musiques du monde sont à l’honneur. Cette année, Selah Sue est à l’affiche. À ne pas manquer !

Cogolin, l’authenticité discrète


Moins médiatisée que certaines de ses voisines, Cogolin, dévoile une autre facette du du golfe de Saint-Tropez, plus discrète et profondément enracinée dans son histoire. Deuxième commune la plus peuplée du golfe, elle a su préserver une identité singulière, façonnée par des générations d’artisans et par des savoir-faire qui continuent de vivre au quotidien.
En flânant dans les ruelles anciennes du centre historique, le visiteur découvre une Provence authentique. Derrière les façades aux teintes chaudes, le parfum du jasmin se mêle aux cascades de bougainvilliers qui habillent les murs. Ici, nous sommes loin de l’effervescence du littoral. chaque pierre semble raconter un fragment du passé, celui d’une ville qui a su préserver son âme populaire, tout en regardant vers l’avenir.
Pour en saisir toute la richesse, rien ne vaut la visite guidée proposée par l’office de tourisme. Elle invite à parcourir les ruelles du vieux village à la découverte d’un patrimoine aussi discret qu’original : les célèbres porches de Cogolin. Véritables signatures architecturales de la commune, ils témoignent d’une histoire géologique et d’un savoir-faire singulier.


Ces porches sont sculptés dans deux roches caractéristiques de la région. La première est la serpentine, une pierre ornementale d’un vert profond dont la surface lisse et brillante évoque la peau d’un serpent, à l’origine de son nom. La seconde est le basalte bulleux, une roche volcanique grise issue d’anciennes coulées de lave vieilles de plus de cinq millions d’années. Ensemble, ces matériaux confèrent aux entrées des maisons une élégance discrète et une identité immédiatement reconnaissable.
Par ailleurs, la renommée de Cogolin s’est construite autour de ses manufactures de tapis, dont les créations ornent depuis plus d’un siècle demeures privées, palaces, hôtels prestigieux et bâtiments officiels à travers le monde. Dans ces ateliers d’exception, les gestes se transmettent de génération en génération, perpétuant un art du tissage d’une remarquable exigence. Ce patrimoine vivant a largement contribué à faire rayonner le nom de Cogolin bien au-delà des frontières de la Provence.

Les pipes Courrieu, un héritage d’exception au cœur de Cogolin

Autre fierté locale, la fabrication de pipes. Impossible en effet d’évoquer Cogolin sans parler de la famille Courrieu, dont le nom est indissociable de l’histoire artisanale de la ville. Depuis plus de deux siècles, cette dynastie de maîtres pipiers perpétue un savoir-faire unique autour de la fabrication de pipes en racine de bruyère, prélevée dans les forêts du massif des Maures. Chaque pipe est encore façonnée selon des méthodes héritées de plusieurs générations. La manufacture est aujourd’hui l’une des plus anciennes encore en activité en France et porte le prestigieux label « Entreprise du Patrimoine Vivant ».
Réalisées avec une précision remarquable, les célèbres pipes de bruyère ont accompagné plusieurs générations d’amateurs. Et des personnes célèbres ! Johnny Halliday, Georges Brassens, Sacha Distel, Charles Aznavour, Bernard Blier, Georges Simenon ont compté parmi les clients fidèles des pipes Courrieu. « Les modèles de De Gaulle et Napoléon sont les plus demandés », nous confie Rémi Courrieu.

Retour à l’essentiel

France. Vue sur le Cap Taillat. © avu-edm/Commons.

Dans un monde où les destinations rivalisent d’attractions spectaculaires et d’expériences toujours plus extraordinaires, le golfe de Saint-Tropez propose finalement autre chose. Un retour à l’essentiel.
Au fil des villages, des sentiers côtiers, des vignobles, des places ombragées et des rencontres, le voyage prend ici une autre dimension. Celle d’un territoire qui invite à ralentir, à observer la lumière sur les collines, à écouter le chant des cigales, à savourer le temps qui passe. Derrière le mythe et les images de carte postale, le golfe révèle une authenticité discrète, faite de patrimoines préservés, de savoir-faire transmis et d’une nature encore omniprésente. Peut-être est-ce là son véritable luxe. Non pas l’excès ou l’apparat, mais la possibilité de renouer avec des plaisirs simples : une promenade dans les ruelles d’un village perché, un coucher de soleil sur la Méditerranée, un verre partagé à l’ombre des platanes, le parfum du maquis porté par le vent.
Autant de moments qui rappellent que le voyage le plus précieux n’est pas toujours celui qui impressionne. C’est souvent celui qui reconnecte. À un territoire, à ses habitants, à la beauté du vivant. Et peut-être aussi à soi-même.

Où loger

L’Orangeraie, une demeure de caractère entre histoire et douceur méditerranéenne

À La Croix-Valmer, à quelques minutes seulement des plages de Gigaro et des espaces protégés du Cap Lardier, l’Hôtel L’Orangeraie possède cette âme particulière que l’on ne trouve que dans les lieux chargés d’histoire. Derrière ses façades élégantes et ses jardins méditerranéens se cache une adresse où le patrimoine dialogue naturellement avec l’art de vivre provençal.
Dès l’entrée, le visiteur est en effet saisi par la beauté du hall de réception, installé dans une ancienne chapelle. Les volumes généreux, la hauteur sous plafond, la lumière filtrée et le caractère préservé du lieu confèrent à cet espace une atmosphère très singulière. Cette ancienne chapelle, devenue le cœur battant de l’hôtel, donne immédiatement le ton.
L’Orangeraie cultive une élégance discrète, loin des clichés de la Riviera. Entre mer, vignobles et massif des Maures, l’établissement offre une parenthèse de sérénité où le patrimoine devient une expérience à part entière. Une adresse inspirante, où chaque détail rappelle que les plus beaux voyages sont souvent ceux qui permettent de remonter le fil du temps.
www.hotel-lorangeraie.com/

Texte : Laurence Grémy-Flamand
Photos : Laurence Grémy-Flamand en l’absence d’indication
Photo ouverture : © Golfe de Saint-Tropez