Il est des villages qui se découvrent, et d’autres qui s’imposent. Le village des Baux-de-Provence appartient sans conteste à la seconde catégorie. Accroché à son éperon rocheux, il surgit dans le magnifique paysage des Alpilles.

France. Les Baux de Provence. En parcourant le centre du village, le regard est rapidement happé par la silhouette austère du château, dont les ruines dominent fièrement la vallée. © L. Grémy-Flamand.

Ce n’est pas un château au sens classique du terme, mais plutôt une forteresse éclatée, avec ses mur effondrés, ses tours éventrées.

Les Baux : Une citadelle au cœur des rivalités féodales

France. Les Baux de Provence. Arpenter les ruines des Baux, c’est marcher sur les traces des seigneurs disparus. © L. Grémy-Flamand.

Il faut alors imaginer les Baux au Moyen Âge, place forte redoutée, théâtre de rivalités féodales et de fastes seigneuriaux. La puissante famille des Baux, qui prétendait descendre des rois mages, fit de ce promontoire un bastion stratégique et un centre de pouvoir influent. De cette époque subsistent des vestiges : donjon, machines de siège reconstituées, chapelles à ciel ouvert. Le château devient alors un livre d’histoire grandeur nature, où l’on circule librement, au gré des pierres et du vent.

Les Baux : Une Provence de pierre et de parfums

Mais Les Baux-de-Provence ne se résume pas à son passé guerrier. Le village, classé parmi les plus beaux de France, déploie ses ruelles pavées comme autant d’invitations à la flânerie au fil de ses échoppes et restaurants. À chaque détour, une arche, une placette, une terrasse ombragée semblent suspendre le temps.
Dans cet écrin minéral, la nature n’est jamais loin. Oliviers, cyprès et garrigue composent un paysage typiquement provençal, où les parfums de thym et de romarin accompagnent chaque pas. On comprend alors pourquoi tant d’artistes ont trouvé ici une source d’inspiration inépuisable.


On vient aux Baux non seulement pour voir, mais pour ressentir la chaleur de la pierre, la force du vent, le poids de l’histoire. Il y a, dans ce village suspendu une passerelle entre le passé et le présent, entre la dureté du relief et la douceur de la lumière. Et peut-être est-ce cela, au fond, qui fait la singularité des Baux-de-Provence.

Renseignements :
Office des tourisme des Baux de Provence
www.lesbauxdeprovence.com

Les Carrières de Lumières : Pablo Picasso et Frida Kahlo, dialogue entre 2 génies

© L. Grémy-Flamand

On ne saurait visiter les Baux sans se rendre, bien évidemment, aux Carrières de Lumières situées à quelques centaines de mètres du village des Baux. Le billet d’entrée inclut d’ailleurs les deux visites.
Dans l’ombre fraîche et monumentale de ces anciennes carrières, exploitées depuis l’Antiquité pour leur pierre calcaire puis, au XIXe siècle, pour un minerai rouge riche en alumine (1) découvert par le chimiste Pierre Berthier (1782-1861), la pierre s’efface pour laisser place à un autre vertige : celui de l’art en mouvement. Creusées durant plus de deux millénaires par des générations de carriers, ces vastes galeries autrefois vouées à l’extraction sont aujourd’hui devenues un écrin spectaculaire dédié aux expositions immersives.

Pablo Picasso et Frida Kahlo

Depuis février 2026, ce lieu saisissant par sa monumentalité accueille une nouvelle création immersive consacrée à deux figures majeures du XXe siècle, Pablo Picasso (1881-1973) et Frida Kahlo (1907-1954). Deux trajectoires, deux sensibilités, mais une même intensité, projetées à même la roche, dans une mise en scène qui relève autant du spectacle que de la contemplation.
Présentée dans une version entièrement pensée pour le site des Baux-de-Provence, l’expérience « Picasso, l’art en mouvement » nous saisit dès les premières minutes.
Les parois calcaires, gigantesques, deviennent des toiles vivantes. Plus de 450 images, peintures, dessins, archives, se déploient dans une chorégraphie visuelle et sonore qui épouse les volumes du site .
Des arènes espagnoles aux nuits parisiennes, des formes radicales des Demoiselles d’Avignon à la puissance tragique de Guernica, chaque séquence compose une fresque vivante de son œuvre. La musique, dialogue avec les images, accentuant tantôt leur violence, tantôt leur poésie. Le génie de Picasso trouve ici un écrin à sa mesure.

France. Les Baux de Provence.  » Frida Kahlo en plein cœur  » aux Carrières de Lumières. © Culturespaces – Vincent Pinson.

Mais c’est peut-être dans le contraste que réside la véritable émotion. Après ce déferlement d’énergie créatrice, l’expérience consacrée à Frida Kahlo « Frida Kahlo, en plein cœur » s’impose comme un contrepoint intime. Plus courte, elle agit comme une respiration.
Les murs des carrières se parent alors de couleurs vives, de symboles puissants. La vie de Frida Kahlo s’y dévoile dans toute sa complexité : la douleur physique, omniprésente, mais aussi la quête d’identité, la force, la résilience . Ses autoportraits, projetés à grande échelle, prennent une dimension troublante.
On y retrouve ses œuvres les plus emblématiques, comme Les Deux Fridas, La Colonne brisée, où le corps devient langage, où la souffrance se transforme en expression universelle . La colonne brisée témoigne entre autres de sa capacité à exprimer son corps blessé et sa mélancolie.
Les motifs végétaux et anatomiques s’animent, comme si la peinture elle-même respirait.
Ce dialogue entre Pablo Picasso et Frida Kahlo n’est pas anodin. Les deux artistes se sont croisés, brièvement, à Paris. Ils se sont admirés. L’exposition joue ainsi de cette résonance.
Toute la réussite des Carrières des Lumières est ainsi là, sous nos yeux ébahis : transformer un lieu brut, chargé d’histoire, en un espace d’émotion contemporaine.
Une exposition à ne pas manquer !
L’exposition se tient jusqu’au 3 janvier 2027. https://www.carrieres-lumieres.com/fr/visiter/horaires-tarifs

1- Ce minerai sera baptisé « bauxite », en référence aux Baux-de-Provence.
www.carrieres-lumieres.com

Où loger ?

Chambres d’hôtes Le Mas de la Fadeto

Aux confins des Alpilles, là où la lumière découpe la roche avec une précision d’orfèvre, se niche une adresse qui semble avoir échappé au tumulte du monde moderne : Le Mas de la Fadeto. À proximité du village classé des Baux-de-Provence, cette chambre d’hôtes cultive un art de vivre discret.
Dès l’arrivée, le ton est donné. Ici, point d’esbroufe ni de luxe tapageur, au milieu de restanques plantées d’oliviers. Ici, tout commence par une rencontre. Celle de la propriétaire, dont l’accueil chaleureux donne immédiatement le sentiment d’être attendu avec impatience.
Les chambres conjuguent avec justesse le charme provençal et un confort discret : textiles délicats dans les tons bleus et marrons, et ce silence presque palpable que seuls troubleront en été le chant des cigales et le souffle du mistral au printemps. Le tableau vivant d’une Provence intemporelle.
Mais c’est peut-être autour de la table que le lieu révèle toute sa singularité. Le petit-déjeuner, servi avec une générosité sans ostentation, fait la part belle aux produits locaux : viennoiseries dorées, confiture d’abricot gorgées de soleil, confiture de figues généreuses faites maison, fraises…
Sans oublier en soirée l’apéritif servi en terrasse face à la piscine : une bouteille de champagne offerte par Carole, la propriétaire des lieux originaire de…Champagne justement, accompagnée de son huile d’olive maison.
Une attention qui dit beaucoup de la philosophie du lieu : celle d’un accueil sincère, presque familial, où le luxe se mesure à la qualité de l’attention.
Le Mas de la Fadeto n’est pas une simple halte; c’est une invitation à ralentir. À l’heure où le tourisme s’accélère et se standardise, il rappelle que le voyage doit être une affaire de sensations et de rencontres. Une adresse à garder pour soi, presque jalousement, comme ces secrets que l’on ne partage qu’à voix basse.
www.lemasdelafadeto.com

Hôtel Le Mas d’Aigret

Les Baux de Provence. Le Mas d’Aigret. © L. Grémy-Flamand.

À flanc de roche, presque dissimulé dans la pierre vive des Alpilles, le Mas d’Aigret cultive une élégance rare. Les chambres troglodytes offrent en effet une fraîcheur naturelle et un dépaysement immédiat. Les murs irréguliers, laissés bruts, racontent une histoire que le temps n’a pas effacé. Chaque détailcompose une harmonie discrète. Le soir, la salle à manger troglodyte se pare d’une lumière feutrée, et la cuisine est bien ancrée dans le terroir provençal, Au petit matin, la terrasse dévoile un panorama saisissant sur toute la vallée des Baux.
Séjourner au Mas d’Aigret, c’est s’offrir une parenthèse hors du temps, entre pierre, lumière et mémoire.

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Texte : Laurence Grémy-Flamand