Il y a des villes que l’on gagne à découvrir d’abord avec un peu de recul. À Lille, le City Tour offre précisément cette première lecture panoramique, avant de poursuivre l’exploration à pied et de pousser les portes de ses musées.
Sommaire

Le visiteur quitte le magnifique Palais Rihour, héritage des ducs de Bourgogne, pour un circuit qui traverse les grandes étapes de l’histoire et de l’architecture lilloises. Du Vieux-Lille aux quartiers contemporains, le parcours permet de prendre ses premiers repères, de comprendre la géographie de la ville et d’identifier les lieux où l’on aura envie de revenir. C’est précisément ainsi que nous avons choisi de pousser les portes du Palais des Beaux-Arts.
Le Palais des Beaux-Arts, un voyage à travers les siècles

Sur la place de la République, impossible de manquer sa silhouette monumentale. Édifié à la fin du XIXe siècle, le Palais des Beaux-Arts appartient à cette époque où l’architecture des grands bâtiments publics devait elle aussi exprimer le prestige de la ville.


À l’intérieur, peintures, sculptures, dessins et objets d’art retracent plusieurs siècles de création européenne et composent l’une des plus importantes collections muséales de France.
Parmi les œuvres majeures, La Descente de Croix de Rubens impose immédiatement sa puissance dramatique. Le peintre flamand y orchestre gestes, regards et lumière autour du corps du Christ descendu de la croix.
Changement d’époque avec Le Festin d’Hérode de Donatello, somptueux relief en marbre du XVe siècle. L’œuvre compte parmi les exemples précoces de l’utilisation de la perspective linéaire dans la sculpture de la Renaissance, nourrie par les recherches menées à Florence autour de Brunelleschi. Un nouvel éclairage permet aujourd’hui d’en apprécier davantage encore la profondeur et la finesse.
De Goya à Delacroix, quelques chefs-d’œuvre


La visite se poursuit avec Les Vieilles de Goya, peintes vers 1808-1812. Deux femmes âgées, richement parées, contemplent leur reflet comme si bijoux et toilettes pouvaient encore conjurer le passage du temps. Derrière la satire affleure une méditation beaucoup plus sombre sur la vieillesse et la vanité.
Avec Médée d’Eugène Delacroix, peinte en 1838, le drame change d’échelle. Dans cette toile monumentale de 2,60 mètres de haut, Médée serre ses enfants contre elle alors qu’elle s’apprête, dans un geste de vengeance contre Jason, à commettre l’irréparable.
Claude Monet : Le Parlement de Londres, ciel orageux

Claude Monet avait découvert Londres dès 1870, mais c’est lors de ses séjours de 1899 à 1901 qu’il entreprend ses grandes séries londoniennes. Pour le Parlement, il travaille depuis une terrasse de l’hôpital Saint-Thomas, sur la rive opposée de la Tamise, près du pont de Westminster. Le monument est moins son véritable sujet que les variations incessantes de la lumière, du brouillard et de l’atmosphère. Comme pour les Meules, les Cathédrales de Rouen ou les Nymphéas, le motif devient un prétexte pour saisir ce qui change d’un instant à l’autre. Les toiles sont ensuite reprises et achevées dans son atelier de Giverny. Dans la toile conservée à Lille, intitulée Le Parlement de Londres, ciel orageux, le monument n’est plus qu’une silhouette sombre et presque irréelle. Ses contours se dissolvent dans une atmosphère où le ciel, l’eau et la brume semblent se confondre. La touche fragmentée et les vibrations de la couleur donnent au brouillard une présence presque palpable.
Des villes miniatures sous le Palais

La découverte la plus inattendue du Palais des Beaux-Arts se trouve peut-être dans sa riche collection de plans-reliefs : des extraordinaires maquettes historiques représentent des villes fortifiées, principalement du nord de la France, et conçues à des fins militaires entre les XVIIe et XIXe siècles.
La collection conservée à Lille réunit aujourd’hui quatorze plans-reliefs couvrant quelque 400 m². Remparts, bastions, portes, rues, maisons, villages environnants, cours d’eau et jusqu’à la végétation : tout est reproduit avec une minutie fascinante. Vues d’en haut, les villes deviennent soudain de gigantesques décors miniatures où se lit toute l’histoire de l’architecture militaire.
Dans l’atelier de Raphaël

Autre trésor du musée, son cabinet des dessins conserve un ensemble exceptionnel de , dont 16 recto-verso, légués à la ville en 1834 par le peintre et collectionneur lillois Jean-Baptiste Wicar. Ces feuilles couvrent une période essentielle de la carrière du maître, de ses débuts autour de 1500 jusqu’aux années 1512-1514, de Pérouse à Rome en passant par Florence. Plus que des œuvres achevées, elles permettent d’entrer dans l’intimité de sa création : Raphaël cherche une attitude, reprend un visage, fait évoluer une composition avant de la transposer dans la peinture. Parmi les pièces les plus remarquables figure une étude pour la Madone d’Albe, réalisée vers 1511-1512, où plusieurs recherches se côtoient sur une même feuille. Plus ancienne encore, une étude préparatoire pour le retable de Saint Nicolas de Tolentino, commandé au jeune Raphaël en 1500, revêt une importance particulière : le tableau ayant été en grande partie détruit par un tremblement de terre en 1789, le dessin lillois constitue un témoignage précieux du projet initial du peintre. Une manière rare de découvrir non plus seulement Raphaël face à ses chefs-d’œuvre, mais Raphaël au travail, au moment même où ceux-ci prennent forme.
Homme drapé assis, Raphaël.
Camille Claudel, la force du portrait


Dans la galerie des sculptures, Camille Claudel mérite que l’on s’attarde. Le musée conserve notamment la Tête de Giganti, un bronze réalisé entre 1885 et 1892. Le visage, traité avec vigueur, témoigne déjà de cette capacité de la sculptrice à dépasser la simple ressemblance pour faire surgir la personnalité du modèle. L’œuvre fut d’ailleurs présentée dès 1885 au Salon des Artistes français.
Plus intime, le Buste de Louise Claudel, réalisé en terre cuite en 1885, représente sa sœur aînée, Louise, future Madame de Massary. Le modelé délicat du visage et l’attention portée à l’expression révèlent une autre facette de son art : une sculpture sensible, attentive à la présence et à la psychologie du modèle. Cette œuvre de jeunesse permet aussi de mesurer combien le portrait occupe très tôt une place importante dans le travail de Camille Claudel.
La Rome antique à portée de casque


Changement d’époque et de registre avec une reconstitution saisissante en réalité virtuelle : Eclipso. Ici, pour voyager dans le temps, il suffit de mettre un casque.
Durant 35 minutes, « Colisée, l’Arène de Légende » plonge le visiteur au cœur de la Rome antique grâce à une expérience immersive à 360 degrés. Une rue apparaît, puis un marché, des habitants vaquent à leurs occupations : progressivement, la ville impériale se reconstitue autour de nous.
Le parcours nous invite à suivre Caius, un jeune Romain fasciné par les héros de l’arène. À travers son regard, on découvre la vie quotidienne avant de s’approcher du Colisée. Mais l’expérience ne se contente pas d’en montrer les gradins : elle nous entraîne jusque dans les souterrains, là où hommes et animaux attendaient avant d’être propulsés dans l’arène.
Puis vient le moment le plus spectaculaire : le visiteur se retrouve aux côtés de Flamma, gladiateur devenu célèbre pour ses nombreux combats. L’arène se déploie tout autour de nous et, durant quelques instants, la frontière entre spectacle et histoire semble s’effacer.
Fromelles, quand l’Histoire retrouve des visages

À quelques kilomètres de Lille, le changement de registre est radical. Le musée de la Bataille de Fromelles nous ramène à l’un des épisodes les plus meurtriers de la Première Guerre mondiale.
Les 19 et 20 juillet 1916, les forces britanniques et australiennes lancent une offensive contre les positions allemandes de Fromelles. En moins de vingt-quatre heures, les pertes sont considérables : près de 8 500 hommes sont tués, blessés, faits prisonniers ou portés disparus, dont plus de 5 000 Australiens. Mais l’histoire racontée ici ne s’arrête pas en 1916.
Une enquête près d’un siècle après la bataille

En 2009, des fouilles archéologiques menées près du Bois des Faisans mettent au jour les dépouilles de 250 soldats britanniques et australiens, ensevelis dans des fosses communes depuis la bataille.
Commence alors une extraordinaire enquête scientifique et humaine. Analyses ADN, archives militaires britanniques et australiennes, recherches généalogiques et appels aux familles sont croisés pour tenter de redonner un nom à ces hommes. Près d’un siècle après leur disparition, certains retrouvent ainsi une identité et leurs descendants, enfin, un lieu où se recueillir.
Inauguré en 2014 et labellisé Musée de France, le musée de la Bataille de Fromelles raconte cette histoire en faisant dialoguer mémoire militaire, archéologie et destins individuels.
L’exposition permanente, « De l’ombre à la lumière », conduit le visiteur du champ de bataille aux fouilles archéologiques, puis aux longues recherches d’identification. Objets retrouvés sur le terrain, documents d’époque, reconstitutions et dispositifs numériques permettent de comprendre la violence de l’offensive, mais surtout de replacer des visages et des histoires derrière les chiffres.
C’est sans doute là toute la force de Fromelles : raconter une bataille non comme une succession de mouvements militaires, mais comme une somme de vies interrompues que l’histoire, près d’un siècle plus tard, tente patiemment de mettre au jour.
Où séjourner
Okko hôtel 4* au cœur de Lille


L’Okko Hotel est installé au 13 rue d’Amiens, en plein centre-ville, à quelques minutes de la Grand-Place et du Vieux-Lille. Un emplacement stratégique, évidemment, mais qui ne suffit pas à expliquer pourquoi cet hôtel donne envie de prolonger un peu le séjour. Tout se fait à pied, ce qui, dans une ville, relève presque du luxe. La gare Lille-Flandres n’est d’ailleurs pas bien loin.
L’hôtel compte 120 chambres réparties sur trois étages. L’ensemble est contemporain, sobre et soigneusement dessiné par le Studio Catoir. Ici, pas de démonstration de force. Du bois, des couleurs douces, des lignes simples. Dans les chambres, l’espace est optimisé et la salle de bain communique largement avec la chambre.
Outre son emplacement stratégique, son attrait se trouve également au second étage. Bienvenue dans le club.
Le club est à la fois salon, espace de travail, salle à manger et lieu de détente. On peut s’y installer avec son ordinateur, boire un verre, grignoter ou simplement prendre le temps de s’installer dans un fauteuil. Notons également que l’aperitif est offert le soir et que l’espace forme et sauna est inclus dans le prix de la chambre.
Une adresse à retenir lors de votre séjour à Lille.
Se renseigner
Office de Tourisme de Lille
www.lilletourism.com
Imperial city tour
Réservation www.reservation.lilletourisme.com
Eclipso
www.eclipso-entertainment.com
Palais des Beaux Arts
www.pba.lille.fr
Musée de la Bataille de Fromelles
www.musee-bataille-fromelles.fr
Texte : Laurence Grémy-Flamand
Photos : OT de Lille et selon indication
Photo ouverture : Velvet/Commons.




