Au cœur de Lisbonne, dans l’animation de la Baixa, le MUDE invite à regarder autrement les objets qui peuplent notre quotidien. De 1900 à nos jours, ses collections retracent plus d’un siècle de création à travers le mobilier, la mode, les bijoux, les arts graphiques et les objets usuels. Derrière leurs formes et leurs fonctions se dessine une histoire des goûts, des modes de vie et des transformations de la société. Un musée du design qui ne se contente pas d’exposer de belles pièces, mais interroge aussi notre manière de produire et de consommer.
Sommaire
Une ancienne banque devenue musée



À quelques pas de la place du Commerce, le MUDE (Museu do Design) occupe un imposant bâtiment de la Rua Augusta, autrefois siège de la Banque nationale d’outre-mer (Banco Nacional Ultramarino). L’édifice a lui-même beaucoup à raconter. Derrière sa façade historique, ses espaces portent les traces des transformations successives d’un lieu autrefois consacré aux activités bancaires. Après huit années de fermeture pour travaux, le musée a rouvert ses portes en 2024. Sa réhabilitation a permis de redonner vie à huit niveaux, en conservant des éléments de son passé architectural. Le bâtiment n’est donc pas un simple écrin : il participe pleinement à la visite, faisant dialoguer patrimoine et création contemporaine.
Le design, miroir de nos sociétés

Pourquoi certains objets traversent-ils les décennies tandis que d’autres disparaissent presque aussitôt ? Qu’est-ce qui transforme une simple chaise, une lampe ou un vêtement en symbole de son époque ? Au MUDE, le design dépasse largement la recherche esthétique. Il raconte les évolutions techniques, les aspirations sociales, les changements de comportement et les révolutions culturelles. Le musée s’intéresse aussi bien aux créations portugaises qu’aux grandes figures internationales du design des XXe et XXIe siècles. Mobilier, mode, bijoux et objets usuels composent un univers où l’on découvre que les choses les plus familières sont souvent les témoins les plus éloquents de notre histoire.
Des grands noms du design à la haute couture

Les collections du MUDE témoignent de l’extraordinaire diversité du design au XXe siècle. On y retrouve notamment Charlotte Perriand, pionnière d’un mobilier moderne qui a contribué à repenser l’aménagement intérieur en privilégiant la fonctionnalité et les nouveaux modes de vie, et l’Italien Alessandro Mendini, figure du design radical et postmoderne, qui a fait de la couleur, de l’ornement et de la fantaisie une réponse au fonctionnalisme.



La mode occupe également une place de choix avec des créateurs qui ont bouleversé les codes vestimentaires, à l’image de Christian Dior, Paco Rabanne, Issey Miyake, Yves Saint Laurent, Thierry Mugler ou Jean Paul Gaultier. Leurs créations côtoient celles de stylistes portugais, notamment Ana Salazar et José António Tenente. Les silhouettes racontent les évolutions du corps habillé, l’émancipation des femmes, l’expérimentation de nouveaux matériaux et la remise en question des conventions. En mars 2026, le musée a renouvelé cette partie de son parcours en présentant 51 nouvelles tenues. Une rotation nécessaire à la conservation des pièces, mais qui permet aussi de découvrir progressivement la richesse des collections.
« À quoi servent les choses ? », une exposition qui pose question

C’est précisément la question soulevée par l’exposition permanente du musée, intitulée Para que servem as coisas? (« À quoi servent les choses ? »). Plutôt que de présenter les objets comme des œuvres isolées, le parcours invite à comprendre pourquoi ils ont été conçus, comment ils ont été fabriqués et de quelle manière ils ont été utilisés. Une démarche qui conduit aussi à réfléchir à leur devenir. Car le design ne se limite plus à inventer des formes séduisantes : il doit désormais composer avec la raréfaction des ressources et les conséquences environnementales de la production industrielle. Le MUDE applique d’ailleurs cette réflexion à sa propre scénographie, en réemployant des matériaux récupérés lors de la rénovation du bâtiment. Une manière de faire entrer l’économie circulaire jusque dans les salles d’exposition.
Un patrimoine architectural à découvrir


Le musée réserve également quelques surprises aux amateurs d’architecture. Des anciens espaces bancaires, subsistent des aménagements qui témoignent d’une autre époque : salles des coffres, escaliers, revêtements, luminaires et espaces autrefois réservés à la direction. La restauration a notamment permis de préserver une salle conçue en 1964, qui abritait plus de 3 000 coffres individuels. Au fil des étages, les interventions contemporaines côtoient ces vestiges sans chercher à les effacer. Cette coexistence est particulièrement intéressante : elle montre comment un édifice pensé pour une institution financière, avec ses espaces hiérarchisés et ses accès contrôlés, a pu devenir un lieu culturel ouvert au public.
Un musée tourné vers la création contemporaine


Le MUDE ne se contente pas de conserver le patrimoine du design. Ses expositions temporaires explorent également la photographie, la création graphique, les rapports entre art et société ou les nouvelles pratiques des designers. Sa programmation a ainsi consacré des expositions au chanteur et compositeur portugais António Variações, dont l’apparence anticonformiste a marqué la culture populaire, à l’artiste graffeur portugais Alexandre Farto aka Vhils et à Paulo de Cantos, pédagogue et créateur d’ouvrages graphiques singuliers. À travers cette diversité, le musée défend une conception du design qui ne se réduit ni au luxe ni aux objets de collection. Il rappelle que chaque époque invente ses formes, ses usages et ses codes visuels. Et qu’un objet, aussi modeste soit-il, peut en dire long sur la société qui l’a produit.
Informations pratiques
MUDE – Museu do Design
Rua Augusta, 24,
Lisbonne, quartier de la Baixa.
Horaires d’hiver (octobre à mars) : du mardi au jeudi et le dimanche de 10 h à 18 h ; vendredi et samedi de 10 h à 20 h. Fermé le lundi.
Texte et Photos : Brigitte Postel sauf indication.
Photo ouverture : Gabriel Fernandes/Commons. Bibliothèque Mexique de Charlotte Perriand, 1952.




