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Au cœur de la péninsule du Yucatán, au Mexique, Chichén Itzá conserve les vestiges de l’une des plus puissantes cités de la civilisation maya. Derrière la silhouette familière de la pyramide de Kukulcán se déploie un ensemble monumental où l’architecture, les mathématiques, l’astronomie et les pratiques religieuses semblent étroitement liées. Fouilles archéologiques, explorations souterraines et nouvelles technologies ont permis de mieux comprendre son histoire. Mais plusieurs questions demeurent : qui gouvernait réellement cette métropole ? Pourquoi certains temples ont-ils été construits au-dessus d’édifices plus anciens ? Que révèlent les sacrifices humains sur les croyances de ses habitants ? Et comment expliquer le déclin d’une cité qui domina une partie du monde maya ?

Si les conquistadors espagnols découvrent Chichén Itzá au XVIe siècle, c’est surtout l’explorateur américain John Lloyd Stephens (1805-1852) qui fait connaître l’ancienne cité maya au public occidental. Accompagné du dessinateur britannique Frederick Catherwood (1799-1854), il parcourt le Yucatán et publie en 1843 Incidents of Travel in Yucatan, un récit abondamment illustré qui contribue à éveiller l’intérêt pour les vestiges mayas.
Quelques années plus tard, l’explorateur et photographe français Désiré Charnay (1828-1915) entreprend de documenter les monuments préhispaniques du Mexique. Lors de son expédition de 1857 à 1860, il réalise notamment les premières photographies connues de Chichén Itzá. Ses travaux paraissent en 1863 dans Cités et ruines américaines, un ouvrage illustré de photographies, accompagné de textes d’Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879) et de Charnay lui-même.
Il faut cependant attendre le XXe siècle pour que débutent de grandes campagnes archéologiques. Sous la direction de l’archéologue américain Sylvanus Griswold Morley (1883-1948), la Carnegie Institution de Washington engage en 1924 un vaste programme de fouilles, d’études et de restaurations qui se poursuit jusqu’en 1940. Ces travaux, auxquels participe notamment l’archéologue Earl Morris, permettent de dégager et d’étudier plusieurs ensembles monumentaux, dont le temple des Guerriers et le groupe des Mille Colonnes.
Une métropole au cœur du monde maya

Avant de devenir l’un des sites archéologiques les plus visités du Mexique, Chichén Itzá fut une grande cité politique, religieuse et économique. À son apogée, Chichén Itzá s’étendait sur quelque 25 km², dont environ 6 km² consacrés à son centre religieux, politique et administratif. Autour de ses temples et de ses palais se déployaient des quartiers d’habitation dont une grande partie des vestiges reste aujourd’hui enfouie sous la végétation. Son nom, généralement traduit par « à l’embouchure du puits des Itzá », fait référence aux cénotes, ces cavités naturelles creusées dans le sous-sol calcaire du Yucatán, et aux Itzá, groupe maya associé à l’histoire de la cité. Chichén Itzá s’est précisément développée entre deux grands cénotes. Au nord, on trouve le Cénote sacré, où étaient déposées des offrandes et pratiqués des sacrifices humains. Au sud, le Cénote Xtoloc fournissait l’eau nécessaire à la population.

Entre les deux cénotes se dresse la pyramide de Kukulcán, dont la position sur cet axe pourrait répondre autant à des considérations religieuses qu’à une organisation symbolique de l’espace. Récemment, les chercheurs du projet Gran Acuífero Maya (l’un des plus grands réseaux de rivières souterraines et de grottes inondées au monde) ont identifié deux autres cénotes, Holtún à l’ouest et Xkanjuyum à l’est, formant avec les deux premiers une configuration autour du Castillo. Certains chercheurs y voient la représentation d’un cosmogramme maya, avec la pyramide au centre.
Chichén Itzá, entre influences mayas et toltèques

L’occupation du site remonte vraisemblablement au Ve ou au VIe siècle de notre ère, mais c’est principalement entre le IXe et le XIIIe siècle que Chichén Itzá connaît son essor monumental et politique. Son rayonnement s’étend bien au-delà de son territoire immédiat, comme en témoignent son architecture, ses productions artistiques et les objets provenant de régions éloignées retrouvés lors des fouilles.
Contrairement aux grandes cités mayas du sud, telles que Tikal (au Guatemala) ou Palenque (dans l’Etat mexicain du Chiapas), dont les monuments portent de nombreuses inscriptions célébrant les souverains, Chichén Itzá présente une organisation politique plus difficile à reconstituer. Les inscriptions existent, mais elles ne permettent pas de dresser une succession dynastique aussi claire. Cette particularité a nourri l’hypothèse d’un gouvernement exercé par plusieurs dirigeants ou lignages. L’idée d’un pouvoir collégial reste cependant discutée. Les chercheurs s’interrogent toujours sur les rapports entre les familles dominantes, les fonctions sacerdotales et les autorités militaires.
Autre singularité : la coexistence de traditions architecturales mayas et d’éléments iconographiques rappelant le centre du Mexique, notamment Tula, ancienne capitale toltèque. Colonnes représentant des guerriers, serpents à plumes, aigles et jaguars dévorant des cœurs composent un répertoire qui a longtemps été interprété comme la preuve d’une conquête toltèque. Mais cette explication est aujourd’hui remise en cause. Les ressemblances peuvent aussi traduire des échanges commerciaux, des circulations d’idées religieuses et des relations politiques entre différentes régions de la Mésoamérique. Les chronologies respectives de Tula et de Chichén Itzá compliquent d’ailleurs l’hypothèse d’une domination militaire unilatérale. L’histoire de la cité apparaît donc moins comme celle d’une civilisation isolée que comme celle d’un grand carrefour mésoaméricain.
El Castillo, une pyramide qui en dissimule deux autres

La pyramide de Kukulcán, également appelée El Castillo, domine la grande esplanade cérémonielle. Kukulcán, dont le nom signifie « Serpent à plumes » en maya yucatèque, est une divinité majeure associée notamment aux quatre éléments, similaire du Quetzalcóatl des Aztèques. Haute d’environ 30 mètres, temple sommital compris, cette pyramide se compose de neuf plateformes superposées et de quatre escaliers monumentaux. Deux grandes têtes de serpents encadrent la base de l’escalier nord.
L’édifice est fréquemment présenté comme un calendrier de pierre. Elle a quatre côtés et chacun des quatre escaliers comporte 91 marches. En ajoutant la plateforme supérieure, on obtient 365, soit le nombre de jours d’une année solaire. Les neuf niveaux, divisés par les escaliers, ont également suscité des interprétations cosmologiques.
Ces correspondances numériques sont séduisantes, mais elles ne constituent pas à elles seules la preuve d’un programme astronomique entièrement conçu autour du calendrier solaire. Les Mayas possédaient plusieurs systèmes calendaires, notamment un cycle rituel de 260 jours et une année solaire de 365 jours. La question est de savoir dans quelle mesure ces connaissances ont déterminé les proportions du monument.
Un spectacle millénaire, la descente du serpent à plumes

Le phénomène le plus célèbre se produit autour des équinoxes. Sous l’effet du soleil, les angles des plateformes projettent sur la balustrade nord de l’escalier une succession de triangles d’ombre et de lumière qui dessinent progressivement la silhouette d’un serpent descendant le long de la pyramide. Au pied de l’escalier, une tête de pierre représentant Kukulcán semble prolonger son corps. L’illusion est saisissante. Mais si le phénomène optique est bien réel, son interprétation comme une mise en scène intentionnelle et précisément calculée des équinoxes reste débattue. L’effet est en effet observable plusieurs jours autour de ces dates, et aucune inscription connue ne permet d’affirmer que les bâtisseurs souhaitaient marquer les équinoxes au sens astronomique moderne. Le spectacle, particulièrement prisé des Mexicains et des touristes, attire aussi son lot d’illuminés, venus psalmodier des incantations ou entrer en transe devant ce serpent de lumière. Il faut dire que l’apparition ne manque pas de force suggestive.
© Bmamlin/Commons.
Mais le plus étonnant se trouve sous les pierres visibles. Dans les années 1930, des archéologues mexicains découvrent, à l’intérieur du Castillo, une construction plus ancienne. Un escalier intérieur mène à deux chambres où sont retrouvés une sculpture de Chac Mool et un trône en forme de jaguar peint en rouge, orné notamment d’incrustations de jade.

La pyramide extérieure n’avait donc pas remplacé l’ancien sanctuaire en le détruisant. Elle l’avait enveloppé.
En 2016, des chercheurs de l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM) et de l’Institut national d’anthropologie et d’histoire (INAH) annoncent avoir identifié, grâce à la tomographie de résistivité électrique, une structure encore plus ancienne, enfouie à l’intérieur des deux précédentes. Les résultats publiés par l’INAH attribuent cette première construction à une période située approximativement entre 550 et 800 apr. J.-C. Le Castillo apparaît désormais comme un ensemble d’au moins trois phases architecturales emboîtées.
Cette superposition pose une question fondamentale : pourquoi construire un nouveau temple autour d’un sanctuaire déjà existant ? La pratique est bien attestée dans l’architecture mésoaméricaine. Elle peut correspondre à une volonté de renouvellement religieux, à l’affirmation d’un nouveau pouvoir ou à la continuité d’un lieu sacré. Mais les raisons précises de ces reconstructions à Chichén Itzá restent à découvrir.
Une autre découverte complique encore le tableau. Des investigations géophysiques ont mis en évidence une cavité contenant de l’eau sous la pyramide, interprétée comme un cénote. Dans une région où l’eau souterraine occupait une place vitale et religieuse, cette position pourrait être significative. On ignore cependant si les bâtisseurs connaissaient exactement la configuration de la cavité et dans quelle mesure celle-ci a déterminé l’emplacement du sanctuaire. En 2025, l’INAH a annoncé la préparation d’une nouvelle campagne d’exploration utilisant la muographie, technique fondée sur la détection de particules cosmiques capables de traverser la pierre. Son objectif est d’examiner les structures internes sans les endommager. Ce qui ne présage pas pour autant de la découverte de nouvelles chambres.
Le temple des Guerriers, une architecture du pouvoir

À l’est de la grande place, le temple des Guerriers présente une architecture très différente. Une pyramide à degrés supporte un sanctuaire précédé de colonnes sculptées figurant des guerriers. À proximité s’étend le groupe dit des Mille Colonnes, vestige d’un vaste ensemble de galeries autrefois couvertes.
La présence de guerriers armés, de serpents à plumes et de figures associées aux sacrifices traduit l’importance des représentations militaires et religieuses dans l’idéologie de la cité.

Au sommet du temple, une sculpture de Chac Mool représente un personnage semi-allongé, s’appuyant sur les coudes, la tête tournée sur le côté, tenant un plateau sur l’abdomen. Des figures comparables apparaissent dans plusieurs sites mésoaméricains. Elles sont généralement associées à la présentation d’offrandes, mais leur signification exacte et leur identité restent discutées. Ce type de statues fait son apparition en Mésoamérique au début du Postclassique et est associé aux Toltèques.
© Sheila Piña/Commons.
Le temple des Guerriers a également joué un rôle majeur dans les débats sur les relations entre Chichén Itzá et Tula. Les ressemblances architecturales et iconographiques entre les deux sites sont indéniables. Elles ne suffisent pourtant pas à établir lequel a influencé l’autre, ni à démontrer une conquête. L’enjeu dépasse la seule histoire de l’art : il concerne les transformations du pouvoir maya et la place de Chichén Itzá dans les réseaux politiques de la Mésoamérique.
Le grand jeu de balle, entre compétition et sacrifice

Avec ses quelque 168 mètres de longueur et 70 mètres de largeur, le grand terrain de jeu de balle de Chichén Itzá figure parmi les plus vastes de Mésoamérique. Deux hautes parois parallèles délimitent l’espace central. Des anneaux de pierre sont fixés en hauteur, tandis que les soubassements portent des bas-reliefs représentant des joueurs.

Le jeu de balle mésoaméricain est attesté bien avant l’apogée de Chichén Itzá. Ses règles variaient selon les époques. Dans certaines variantes, les joueurs devaient déplacer une balle de caoutchouc de 3 kg et la faire passer dans des anneaux scellés dans le mur sans utiliser les mains, en la frappant avec les hanches par exemple.
Le jeu de balle constituait probablement bien davantage qu’un divertissement. Il participait aux cérémonies publiques et à la mise en scène des relations entre les hommes, les divinités et l’ordre cosmique.
© David Stanley/Commons.

À Chichén Itzá, les reliefs donnent à cette pratique une dimension particulièrement dramatique. Une scène montre un joueur décapité, du cou duquel jaillissent des formes interprétées comme des serpents et des éléments végétaux. Le sacrifice humain, notamment des prisonniers, apparaît donc explicitement dans l’iconographie du terrain.
Mais une affirmation souvent répétée aux visiteurs mérite d’être nuancée : rien ne permet d’assurer que le capitaine de l’équipe gagnante au jeu de balle était systématiquement sacrifié, ni même que les victimes étaient nécessairement des joueurs victorieux ou vaincus. Si les sculptures témoignent d’un lien symbolique entre jeu, mort et régénération, elles ne livrent pas les règles précises des cérémonies. Le terrain possède également des propriétés acoustiques remarquables, favorisées par la hauteur et la disposition des murs. Les récits affirmant qu’un murmure pouvait être entendu à l’autre extrémité, ou que l’architecture reproduisait volontairement des cris d’animaux sacrés, demandent cependant à être confrontés aux observations acoustiques mesurables.
El Caracol, un observatoire astronomique ?

La forme du monument, inhabituelle dans l’architecture maya, a conduit les chercheurs à envisager une fonction astronomique. Plusieurs ouvertures et orientations architecturales ont été rapprochées de positions remarquables du Soleil et de Vénus. L’intérêt des Mayas pour les mouvements de Vénus est solidement documenté. Le codex de Dresde, manuscrit maya préhispanique conservé en Allemagne, contient des tables astronomiques consacrées à ses apparitions. La planète occupait une place importante dans les cycles rituels et certaines représentations liées à la guerre. Il serait toutefois excessif de présenter El Caracol comme un observatoire comparable à ceux de l’astronomie moderne. Certaines orientations proposées sont discutées, et les transformations successives de l’édifice compliquent la restitution de ses fonctions initiales. Son architecture témoigne néanmoins de l’attention portée aux phénomènes célestes dans une civilisation qui associait l’observation du ciel au calendrier, aux pratiques religieuses et à l’organisation du pouvoir.
Le Cénote sacré, un sanctuaire au fond de l’eau

Depuis la grande esplanade, une chaussée surélevée, appelée sacbé, conduit au Cénote sacré. Cette immense ouverture dans le plateau calcaire fut l’un des principaux lieux de culte de Chichén Itzá. Dans le Yucatán, dépourvu de grands cours d’eau de surface, les cénotes constituaient des ressources essentielles. Ils avaient aussi une dimension religieuse. L’eau, les grottes et les profondeurs de la terre étaient associées à des puissances surnaturelles et à des espaces de communication avec l’inframonde.
Au début du XXe siècle, l’Américain Edward Herbert Thompson entreprit de draguer le cénote. Ses méthodes, aujourd’hui très contestables sur le plan archéologique, permirent de récupérer de nombreux vestiges, mais perturbèrent aussi leur contexte de dépôt. Les ossements retrouvés confirment que des sacrifices humains furent pratiqués dans ce sanctuaire. En revanche, l’image populaire de jeunes vierges systématiquement précipitées dans les eaux ne correspond pas à la diversité des individus identifiés par les études ostéologiques. Les chercheurs cherchent notamment à déterminer l’origine géographique des victimes, les circonstances des sacrifices et les relations entre ces cérémonies, les demandes de pluie et les crises traversées par la cité. L’importance religieuse du cénote se prolongea au-delà de l’apogée politique de Chichén Itzá. Il demeura un lieu de culte et de pèlerinage durant la période postclassique (de 900 à 1521 apr. J.-C).
Des enfants sacrifiés : ce que révèle l’ADN ancien

L’une des avancées scientifiques les plus importantes concernant Chichén Itzá a été publiée en juin 2024 dans la revue Nature. Une équipe internationale a analysé le génome de 64 enfants dont les restes provenaient d’une sépulture collective souterraine, aménagée dans un ancien chultún, une structure artificielle initialement destinée au stockage, située près du Cénote sacré. Les datations situent ces dépôts funéraires entre environ 500 et 900 apr. J.-C.
Les résultats ont réservé plusieurs surprises. Tous les individus analysés étaient de sexe masculin. Un quart d’entre eux présentaient des liens de parenté étroits avec au moins un autre enfant de l’ensemble. Plus remarquable encore, les chercheurs ont identifié deux paires de vrais jumeaux. Cette découverte invite à réexaminer la dimension religieuse des sacrifices. Dans les traditions mayas, la gémellité possède une forte valeur symbolique. Le Popol Vuh, grand récit mythologique des Mayas k’iche’ du Guatemala, raconte notamment les aventures des Jumeaux héroïques, Hunahpú et Xbalanqué, confrontés aux puissances de l’inframonde, à la mort et à la renaissance.
Les chercheurs envisagent donc que certains sacrifices aient pu s’inscrire dans un univers rituel lié à ces récits. Mais il s’agit d’une interprétation, non d’une identification certaine des cérémonies pratiquées à Chichén Itzá. L’étude apporte également un éclairage sur les populations anciennes du Yucatán. La comparaison des génomes avec ceux d’habitants mayas actuels de la région révèle une continuité génétique sur une longue durée.
Chichén Viejo, l’autre visage de la cité

La majorité des visiteurs concentre son attention sur les grands monuments de la partie nord. Pourtant, au sud-ouest du centre cérémoniel, le secteur de Chichén Viejo dévoile une autre facette de la cité. On y découvre un ensemble architectural appelé « groupe de la Série initiale », en référence à une inscription utilisant le système maya de datation longue. Il rassemble 25 structures réparties autour de deux places, sur une vaste plateforme délimitée par des murs. Notamment la Maison des Escargots, la Maison de la Lune et le Palais des Phallus.
Ses bâtiments témoignent d’une architecture distincte de celle du Castillo ou du temple des Guerriers. Certains présentent des caractères associés aux traditions Puuc, reconnaissables à leurs décors géométriques et à leurs façades richement travaillées. Des décennies de recherches ont permis d’identifier plusieurs phases de construction et des espaces liés à la vie des élites. En 2007, les archéologues ont notamment mis au jour une sépulture collective.
Ce secteur est particulièrement important pour comprendre l’évolution de Chichén Itzá. Il montre que la ville ne se résume pas à ses grands sanctuaires publics : elle comportait également des ensembles résidentiels monumentaux, où se jouaient les relations entre pouvoir, parenté et pratiques religieuses.
Pourquoi Chichén Itzá a-t-elle perdu sa puissance ?

La fin de la domination politique de Chichén Itzá demeure l’un des grands problèmes historiques du Yucatán préhispanique.
La cité s’est imposée au moment où plusieurs grands centres mayas des basses terres méridionales connaissaient de profondes crises. Pourtant, sa propre suprématie n’a pas été durable. Les chronologies restent discutées. Certaines études situent l’apogée monumental de la ville principalement aux IXe et Xe siècles ; d’autres proposent une durée plus longue, jusque dans le XIIe siècle. Les témoignages historiques postérieurs et les données archéologiques ne se superposent pas toujours.
Plusieurs facteurs ont été envisagés pour expliquer son déclin : transformations des alliances politiques, conflits régionaux, redistribution des échanges commerciaux ou changements dans les structures du pouvoir, sécheresse qui ravagea le Yucatan. Les relations avec Mayapán, autre grande cité du Yucatán située à une centaine de kilomètres, occupent une place importante dans ces débats. Mais l’idée d’une succession simple, dans laquelle Mayapán aurait immédiatement remplacé Chichén Itzá après une catastrophe unique, ne rend pas compte de la complexité des données disponibles.
Il faut également distinguer le recul d’un pouvoir politique de l’abandon total d’un lieu. Chichén Itzá conserva en effet une importance religieuse après la fin de sa période de domination régionale. Aucune preuve archéologique ne permet donc de réduire son histoire à une destruction soudaine ou à une disparition inexpliquée de sa population.
Une cité dont l’archéologie continue de modifier l’histoire


Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1988, Chichén Itzá est aujourd’hui célèbre pour ses monuments spectaculaires. Mais l’intérêt archéologique du site tient autant aux édifices visibles qu’aux vestiges encore enfouis.
Les recherches menées sur les structures internes du Castillo, les analyses génétiques des sépultures, l’exploration des cavités souterraines et l’étude des quartiers résidentiels montrent combien notre compréhension de la cité demeure évolutive.
Les questions les plus intéressantes ne concernent pas l’existence de prétendus pouvoirs mystérieux ou de connaissances inexplicables. Elles portent sur des réalités historiques bien plus nuancées : la formation d’un pouvoir régional, les échanges entre sociétés mésoaméricaines, le rôle des sacrifices dans la religion, la transmission des savoirs astronomiques et les transformations successives d’une grande métropole maya.
À Chichén Itzá, les archéologues ne cherchent pas seulement à comprendre comment les temples ont été construits. Ils tentent de retrouver la société qui les a conçus, les croyances qui leur donnaient un sens et les bouleversements qui ont transformé la cité.
Y aller
Avec l’agence byNativ
Entre mer turquoise et vieilles pierres, ce voyage vous conduira sur les plus beaux sites archéologiques mayas : Chichén Itza, la capitale maya, Ek’Balam et son magnifique tombeau royal et Coba, cité si vaste et moderne qu’elle se développa selon un plan d’urbanisme bien défini ! Plages et farniente seront aussi au rendez-vous car le voyage débute par une journée à Cancun et finit en beauté par trois journées à Tulum.
Visiter le Yucatan, des cités mayas aux plages caribéennes
Texte et Photos : Brigitte Postel, sauf indication




