On l’appelle ici le Volcan. Avec toute la déférence qu’un vassal doit à son maître. Secoué par des éruptions régulières, le Piton de la Fournaise est le point d’orgue de toute randonnée dans l’île. Une expérience intense pour les amoureux de volcanologie et de paysages lunaires.
Sommaire

Toute l’île vibre au rythme des soubresauts du Piton de la Fournaise (2632 m), un des volcans les plus actifs au monde, avec plus de 200 éruptions depuis 350 ans. Situé dans le sud-est de l’île, il connaît des éruptions régulières. La première éruption historiquement attestée remonte à 1640 et plus de 200 ont été recensées depuis cette date. La fréquence s’est particulièrement accélérée depuis les années 1980, avec parfois plusieurs épisodes par an (notamment en 2018, 2019, 2020, 2021, 2022, 2023). La dernière éruption a été brève et date de janvier 2026.

Rassurez-vous, il n’est pas dangereux : c’est un volcan effusif et non explosif. Ici, pas de nuées ardentes meurtrières, mais des rivières de basaltes qui s’épanchent dans son déversoir naturel, l’Enclos Fouqué au sein duquel s’imbriquent deux cratères sommitaux, le plus petit, le Bory, formé au XVIIIᵉ siècle, et le Dolomieu, principal cratère actif. C’est de ce dernier que s’échappent régulièrement la plupart des coulées. En règle générale, les laves restent confinées à l’intérieur de l’Enclos. Mais il arrive qu’elles s’en échappent. L’événement le plus marquant du XXᵉ siècle demeure l’éruption de 1977 où les coulées se sont frayé un chemin hors de l’enclos du cratère Dolomieu pour atteindre l’océan, causant au passage de gros dégâts. Une partie du village de Piton-Sainte-Rose fut détruite. Mais miraculeusement l’église, aujourd’hui surnommée « Notre-Dame des Laves », fut épargnée. Depuis 1979, l’Observatoire Volcanologique du Piton de la Fournaise, situé à Bourg-Murat, ausculte la « bête » jour et nuit. Grâce aux réseaux de sismomètres, GPS et caméras thermiques, les scientifiques détectent les essaims de microséismes annonciateurs. Les alertes sont diffusées rapidement, et l’accès à l’Enclos est réglementé pour garantir la sécurité du public. Le réveil du volcan attire alors une foule de curieux. « Volcan l’a pété ! » disent les Réunionnais avec un mélange d’excitation et de respect. De nuit, les pentes noires s’illuminent d’un rouge incandescent ; de jour, les coulées figées dessinent un damier de basaltes tourmentés. Même en dehors de ces phases, la Fournaise demeure le lieu le plus visité de La Réunion. Gravir les flancs de ce géant, c’est fouler une terre en perpétuelle naissance, un paysage minéral qui continue de s’écrire dans le feu.
La route du Volcan

Depuis Bourg-Murat, on accède à la Fournaise en voiture par la « route du Volcan ». Longue de 24 km, elle traverse des paysages d’abord verdoyants pour continuer dans un décor de roches et de brandes (on dit aussi branles : une bruyère endémique qui a le défaut de brûler comme de la paille et avec laquelle on fabrique le « balai volcan »). Quelque 30 minutes plus tard, on marque un premier arrêt pour admirer le Piton des Neiges (3071 m, et très exceptionnellement enneigé), un volcan endormi depuis dix mille ans, mais non éteint contrairement à ce qui se dit généralement. Séparés l’un de l’autre par deux plaines, la plaine des Palmistes et la plaine des Cafres, les deux géants concentrent avec les cirques de Cilaos, Mafate et Salazie, la majorité des randonneurs.
Le cratère Commerson

À une vingtaine de km de Bourg-Murat, à 100 mètres de la route, on rencontre un gouffre de 120 m de profondeur, baptisé Cratère Commerson, en hommage à Philibert Commerson (1727-1773), médecin et naturaliste de Louis XVI qui participe à l’expédition de Bougainville sur la Boudeuse et l’Étoile de 1766 à 1769. En 1766 à l’île Bourbon (La Réunion), celui-ci découvre le Volcan, ce qui lui vaut l’honneur de voir ce cratère porter son nom. Sa compagne, Jeanne Baret (1740-1807), remarquable botaniste, participe aussi à cette expédition, comme « assistant et valet », travestie en homme car les règlements maritimes du XVIIIᵉ siècle interdisent les femmes à bord. Elle est ainsi la première femme à faire le tour du monde. La supercherie sera éventée en Polynésie deux ans plus tard : en croisant « Jean Baret » les Polynésiens l’appellent vahine (femme en polynésien).

Un belvédère facile d’accès permet de surplomber cet impressionnant gouffre, dont la bouche est appelée « Trou Fanfaron ». Ce belvédère offre une vue imprenable sur les parois abruptes d’où émergent les strates d’empilements successifs de basalte. Afin de varier les points de vue sur le Cratère Commerson, on pourra en faire le tour sans toutefois s’écarter du sentier balisé. L’idéal est de découvrir le site en fin de matinée, lorsque les rayons du soleil au zénith pénètrent jusqu’au fond de la profonde crevasse.

L’alternative pour se rendre au Volcan à pied, est de suivre le Sentier Josémont Lauret, un sentier historique emprunté par Bory de Saint Vincent (1778-1846) (dont le nom a été donné à une caldeira sommitale de la Fournaise), et où un guide, Josémont Lauret, périt en 1887 de froid et de fatigue. Une stèle rappelle sa mémoire. Dans ce paysage exceptionnel d’altiplano, on rencontre une végétation qui brûle sous le soleil et résiste au froid. Des ambavilles blanches aux fleurs paradoxalement jaunes, et des buissons de Phylica nitida, aux feuilles étroites et aux fleurs blanches, offrent leur floraison abondante aux promeneurs.
La Plaine des Sables et le Pas de Bellecombe



Quelques tours de roues plus amont, nous atteignons la Plaine des Sables. Un paysage minéral et grandiose, couvert de scories brunes-orangées. C’est sans doute le panorama le plus spectaculaire et fascinant de l’île qui recouvre l’ancienne caldeira du Volcan. Une route en ruban assez cahoteuse descend dans un premier enclos puis file dans ce vaste espace désertique piqué de rares touffes de flouves odorantes.

Selon la saison, vous pourrez admirer la fleur la plus précieuse des lieux dont la floraison varie du bleu pâle au blanc immaculé, la rarissime myosotis de Bourbon (Cynoglossum borbonicum). Rare et menacée, cette fleur fait l’objet d’un suivi botanique dans les programmes de conservation à La Réunion.
Encore quelques lacets et nous atteignons le Pas de Bellecombe et son parking où nous devons laisser notre voiture. Unique voie d’accès au sommet du Volcan, elle porte le nom d’un gouverneur de l’île, Guillaume Léonard de Bellecombe (1728-1792), qui offrit une prime au premier explorateur qui parviendrait à trouver un passage menant au Volcan. Un esclave créole, Jacob, découvrit l’accès en 1768. Mais le site a gardé le nom du gouverneur, tandis que son découvreur véritable est tombé dans l’oubli.
Du Pas de Bellecombe, on poursuit notre périple à pied. La vue sur le Volcan qui émerge de son lit de basalte est exceptionnelle. Les branles de la lande cèdent alors définitivement la place à un sol rouge et stérile, qui marque le début d’une zone désertique somptueuse. Le seul moyen de descendre dans la caldeira si vous n’êtes pas un « chauffe-galet » (feignant) est d’emprunter les 526 marches pour atteindre l’Enclos Fouqué. Sur les parois de la falaise, les frêles grelots rouges du Petit bois des remparts attirent notre regard. Ne le cueillez pas. Cette plante, aussi surnommée « tisane de belle-mère », est très vénéneuse.
Du Formica Leo au cratère Dolomieu

100 m en contrebas, dans la caldera de l’Enclos Fouqué, le Formica Leo, un jeune cratère, né d’une éruption strombolienne en 1753, dessine un bouton de couleur ocre dans un écrin de sable gris. Des laves lisses ont enserré dans une gangue de basalte ce piton de lapilli, dont émerge le fragile sommet. Constitué de scories rougeâtres qui lui donnent sa teinte rouille caractéristique (encore que celle-ci varie avec l’ensoleillement), il ressemble à s’y méprendre aux puits-pièges coniques que creuse la larve du fourmilion, d’où le nom de Formica Leo. Véritable icône photographique de l’île, le petit cône adventif subit une érosion importante, et il est possible qu’un jour, il soit tout simplement interdit d’accès !

Actuellement, trois sentiers balisés permettent de découvrir l’Enclos du Volcan. Les tracés ont été étudiés pour éviter les zones fragiles du sol, et garantir la sécurité des marcheurs. Ici, sortir du chemin n’est pas un acte anodin : sous la croûte noire peuvent se cacher des tunnels de lave ou des zones instables.
L’enclos Fouqué par le sentier Dolomieu

Les plus sportifs prendront le temps de grimper jusqu’au point de vue du cratère du Dolomieu par le sentier du même nom (A/R 11,9 km, 5h de moyenne). La progression se fait sur des laves durcies, tantôt lisses comme de la corde torsadée, tantôt chaotiques et coupantes. La marche est exigeante : le vent souffle sans obstacle, le soleil frappe sans ombre, et chaque pas résonne sur la pierre.
Au fil de la montée, le paysage se transforme en un théâtre minéral. Plus d’arbres, presque plus de vie visible : seulement la roche, les scories, les coulées anciennes figées dans leur mouvement. Un périple assez physique sur des laves durcies, pour découvrir un panorama unique sur les sols calcinés de l’Enclos Fouqué, s’étend à perte de vue, défiant l’horizon bleuté de l’océan Indien que l’on devine au loin.
Alternatives : Kapor et Rivals
Si l’accès au Dolomieu est fermé ou si l’on préfère une randonnée plus courte, d’autres itinéraires offrent de superbes perspectives.
Le sentier du Kapor (A/R 7,5 km, 3 h de environ) permet de découvrir le cratère apparu lors de l’éruption de 1998. Il est le témoin d’une éruption historique (celle de 1998, qui avait duré 6 mois). Moins long, mais tout aussi immersif, il permet de s’approcher d’une cicatrice plus récente du volcan, où la roche garde encore une teinte sombre et compacte.

Le sentier du Rivals (A/R 10 km, 4h 30 environ) est une alternative actuelle pour explorer l’Enclos. Il conduit au cratère du même nom apparu lors d’une éruption en 2006. En chemin, on est récompensé par une vue assez grandiose sur les cratères La Paix et Château Fort, dressés comme des tours crénelées au sommet du massif. une autre facette du volcan. Ils racontent une autre facette du volcan : celle des éruptions latérales et des formes sculptées par le vent et la lave au cours du temps.
Pour les moins sportifs et les familles, un autre sentier très facile longe en partie l’extérieur de l’Enclos. Il permet de zigzaguer à flanc de falaise et offre des panoramas vertigineux sans nécessiter l’effort soutenu de la traversée intérieure.
Si vous ne deviez faire qu’une randonnée à La Réunion, n’hésitez pas et grimpez jusqu’aux cratères. Vous ne le regretterez pas.
Marcher sur un volcan vivant

Randonner au Piton de la Fournaise, ce n’est pas seulement accumuler des kilomètres. C’est accepter de pénétrer dans un monde presque exclusivement minéral, où le silence est seulement troublé par le vent. C’est sentir sous ses pieds une terre qui, à l’échelle géologique, est encore en train de naître.
Du petit cône ocre du Formica Leo à l’immense entaille du Dolomieu, la randonnée raconte une histoire de feu, d’effondrement et de renaissance.
Depuis l’éruption spectaculaire d’avril 2007, il est impossible de faire le tour des cratères. Le paysage sommital du cratère Dolomieu a été profondément transformé : le fond du cratère s’est effondré d’environ 300 à 360 mètres après la vidange partielle des réservoirs magmatiques sous-jacents, créant une profonde dépression que l’on appelle un pit-cratère.
Ce bouleversement géologique a rendu les bords et les parois du cratère extrêmement instables, avec des fissures, des éboulements fréquents et des risques de chutes de blocs même longtemps après l’événement. Pour cette raison, le tour complet des cratères sommitaux demeure strictement interdit : la réglementation en vigueur ne permet que l’accès à un seul point d’observation stable sur le rebord Est du Dolomieu, lorsque les conditions de sécurité le permettent.
Malgré ces dangers bien réels, certains randonneurs imprudents s’écartent parfois des sentiers balisés, s’exposant à des chutes, à des effondrements ou à des zones de croûte fragiles. En cas d’infraction aux arrêtés préfectoraux qui réglementent l’accès, des amendes peuvent effectivement être appliquées par les forces de l’ordre, car la sécurité du public est une priorité sur ce site volcanique actif.
Comme le temps change très vite dans cette zone, mieux vaut commencer l’ascension tôt le matin (vers 7h). La région du volcan s’ennuage assez rapidement en fin de matinée, et il est donc préférable d’être au sommet le plus tôt possible, pour pouvoir bénéficier du panorama et revenir dans de bonnes conditions. Le point d’information permettra de confirmer vos intentions en toute sécurité. www.fournaise.info
Par ailleurs, pour marcher sur la lave (les gratons ), il faut de bonnes chaussures, les baskets étant hors d’usage en 2 ou 3 h.
Visites guidées
Pour découvrir le volcan de manière approfondie et sortir des sentiers de l’Enclos, il est préférable de s’adjoindre les services d’un guide chevronné. Nous vous recommandons l’accompagnateur en montagne Patrick Leu, titulaire du Diplôme d’Etat d’Alpinisme. Il vous fera appréhender le fonctionnement détaillé de ce massif volcanique et ses mécanismes éruptifs, son univers minéral et botanique, son histoire géologique, et celle de ses éruptions.
Mail : allonbatapat@orange.fr
Tél. : +262692879516
www.allonbatapat-rando.re
Texte : Brigitte Postel
Photos : selon Indication




