Le Chemin de Fer de la Baie de Somme propose des voyages en train historique le long de la baie de Somme. Il dessert 3 stations balnéaires : Le Crotoy, Saint-Valery-sur-Somme et Cayeux-sur-Mer. Bon voyage sur le réseau des Bains de Mer !
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Le Chemin de Fer de la Baie de Somme est une association loi 1901. Le train présent en baie de Somme depuis 1887 fait plonger les voyageurs dans les années 1900. Vitesse : 25 km/heure. Une locomotive « Decauville » noire, luisante, resplendit depuis la marquise installée au-dessus du quai. Un coup de sifflet. Un nuage blanc. Quelques portières claquent. Départ. Avec la mer en toile de fond et, dans les pâturages, les moutons de pré-salé et les chevaux Henson à la robe dorée.
Le Henson, un cheval aux couleurs de la baie

Avec sa robe dorée couleur de sable, sa crinière sombre et la raie noire qui court le long de son dos, le Henson semble avoir été façonné par les paysages de la baie de Somme. Pourtant, contrairement à ce que son allure rustique pourrait laisser croire, il ne s’agit pas d’une race ancestrale. Le Henson est né dans les années 1970 de croisements entre des chevaux de selle et et le robuste Fjord, une ancienne race norvégienne, avec l’ambition de créer un cheval endurant et parfaitement adapté à l’équitation de pleine nature. Mais une légende lui offre une origine autrement plus poétique. On raconte que Dieu, contemplant la baie de Somme malmenée par les vents et les marées, voulut conserver quelque chose de sa beauté. Il ramassa une poignée de sable, souffla dessus et lui donna vie : ainsi serait né un cheval à la robe couleur de dune. Trouvant peut-être l’animal trop pâle, il passa alors un doigt le long de son dos, y laissant une ligne sombre, comme une signature divine. Cette raie dorsale, caractéristique du Henson, serait ainsi « l’imprimatur divin ». © APictche/Commons.
Un train vers les bains de mer

La Baie de Somme ne se conquiert pas. Le petit convoi s’y avance avec cette lenteur qui fut longtemps celle du voyage. Nous roulons vers Le Crotoy, village de pêcheurs transformé en station balnéaire grâce à l’arrivée du train et à la création d’un établissement de bains de mer par le parfumeur Pierre Guerlain (1798-1864). À travers la vitre défilent les prés salés, les fossés, les bouquets de saules, les fermes basses battues par le vent.
Dans le sillage de Jules Verne
Lorsqu’il découvre Le Crotoy en 1865, Jules Verne (1828-1905) vient d’abord y séjourner pour des raisons de santé. Séduit par le petit port et l’immensité de la baie, il y revient bientôt chaque été avec sa famille. C’est ici qu’il se lance dans l’écriture de Vingt Mille Lieues sous les mers, nourrissant son imaginaire de la fréquentation des marins et de ses navigations à bord du Saint-Michel, une ancienne chaloupe de pêche qu’il fait aménager pour prendre la mer. Le matin, il écrit dans un petit pavillon de verdure baptisé La Solitude ; l’après-midi, il observe le port, se promène autour du bassin ou réfléchit à ses romans sur la plage. En 1869, son attachement au Crotoy est tel qu’il envisage de quitter Paris pour s’y établir définitivement et loue à l’année une maison plus vaste, rue Jeanne-d’Arc. Mais en juillet 1871, il choisit finalement Amiens, ville natale de son épouse Honorine. Il y vivra jusqu’à sa mort, en 1905, écrivant l’essentiel de son œuvre, dont Le Tour du monde en quatre-vingts jours en 1872. Le Crotoy ne disparaît pas pour autant de sa vie : jusqu’en 1875, il revient chaque été retrouver son Saint-Michel dans le petit port de la baie de Somme. Jules Verne by Étienne Carjat/Commons.

En 1887, lorsque furent ouvertes les lignes de Noyelles au Crotoy et de Saint-Valery à Cayeux, le chemin de fer n’avait rien d’une attraction touristique. Il était la « modernité ». Il transportait les habitants vers les marchés, les voyageurs vers les bains de mer, mais aussi les betteraves vers les sucreries, la chicorée, les coquillages et des tonnes de galets de silex de Cayeux, recherchés jusque dans les manufactures de céramique. Dans les voitures de bois montaient alors des familles venues de Paris ou d’Amiens avec malles, chapeaux, enfants et domestiques. La bourgeoisie découvrait les vertus de l’air marin. On partait « aux bains ». Le mot avait encore quelque chose de médical. Le Crotoy, Saint-Valery, Cayeux devenaient des villégiatures.

À Noyelles-sur-Mer, notre locomotive manœuvre. Le mécanicien descend puis remonte. Puis la gare disparaît derrière un nuage blanc. Ici canards et cygnes aiment nicher dans les roselières. Et la chasse au gibier d’eau se pratique d’août en février.
De Saint-Valéry aux Bas-Champs, au rythme de la vapeur

Le train roule vers Saint-Valéry-sur-Somme. La mer s’est retirée très loin, découvrant l’immensité des mollières où paissent les moutons de pré salé qui viennent se régaler de salicorne et d’aster maritime. Pas étonnant que la chair du mouton ait un goût iodé.
Saint-Valéry fut pendant des siècles un important port de pêche et de commerce, dont l’activité connut son apogée au XVIIIe siècle. Mais la ville est aussi associée à l’un des épisodes les plus célèbres de l’histoire européenne. En septembre 1066, Guillaume, duc de Normandie, y rassemble sa flotte avant de mettre le cap sur l’Angleterre. Il quitte la baie le 28 septembre ; le 14 octobre, sa victoire à Hastings ouvre la voie au trône anglais. Il sera couronné roi à Westminster le jour de Noël.
Depuis le train, la ville haute attire le regard, avec ses maisons anciennes, ses toits d’ardoise et l’église Saint-Martin dominant la baie. Puis Saint-Valery s’éloigne. La ligne gagne Lanchères avant de traverser les Bas-Champs en direction de Cayeux-sur-Mer, un tracé emprunté depuis 1887. Puis la ligne s’étire vers cette côte de galets où la Manche impose une lumière plus vive. La locomotive peine davantage. Une fumée grise monte dans le ciel. À 20 ou 30 kilomètres à l’heure, les passagers ont tout le loisir d’observer le paysage : un cheval derrière une clôture, un héron dans un fossé, un pêcheur au bord d’un chenal.
Cayeux, terminus sur la mer

Puis voici la gare de Cayeux-sur-Mer, à 800 m à pied du front de mer. Sur la plage, un chemin de planches de 2 km est bordé tout l’été de 400 cabines de plage. Chaque année, son installation marque le retour du printemps. 1350 planchers sont posés sur la digue.
Autre richesse de la baie : les galets bleus de Cayeux, polis par la mer et issus de l’érosion des falaises crayeuses de la Manche. À partir du XIXᵉ siècle, ils sont ramassés à la main sur le littoral, puis exploités comme une véritable matière première industrielle.
Aujourd’hui les galets de Cayeux-sur-Mer, après calcination et broyage sont utilisés pour les routes, les bâtiments, les peintures, etc.
Y aller
Chemins de fer de la Baie de Somme
https://chemindefer-baiedesomme.fr/fr/chemin-de-fer-de-la-baie-de-somme
Office de tourisme de Cayeux
www.cayeux-sur-mer.fr
Office de tourisme Baie de Somme
Tél. 03 22 24 27 92
www.tourisme-baiedesomme.fr
Texte : Michèle Lasseur et selon indication
Photos : Michèle Lasseur et selon indication

