Des plages du Gargano aux vergers de Palagiano et aux eaux tranquilles du Mare Piccolo de Tarente, les Pouilles expérimentent une autre façon de voyager. Protection des tortues caouannes, sauvegarde de cultures traditionnelles, renaissance de la moule noire : face au changement climatique et aux pressions humaines, habitants, producteurs et professionnels du tourisme se mobilisent pour préserver les richesses fragiles du territoire. Une invitation à découvrir les Pouilles autrement, en devenant aussi acteur de leur avenir.
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Entre lagunes, vergers et plages sauvages, le talon de la botte italienne est devenu une destination très prisée, avec ses villages emblématiques, d’Alberobello et ses célèbres trulli à Polignano a Mare. Aux portes des Pouilles, Matera complète souvent le voyage. Mais la région invente aujourd’hui un autre art de voyager. Ici, le tourisme ne se contente plus d’admirer les paysages : il participe aussi à leur préservation. Hausse des températures, sécheresses, élévation du niveau de la mer : les conséquences du changement climatique affectent les Pouilles sur terre comme sur mer. Pour comprendre comment la région tente de s’adapter, cap d’abord vers Manfredonia, sur la côte du Gargano.
À Manfredonia, les tortues gagnent du terrain

C’est là que nous rejoignons Giovanni Furii, coordinateur scientifique du centre de conservation et de sauvetage des tortues marines de Manfredonia. Créé en 2006, le centre œuvre à leur protection avec le soutien de l’association environnementale Legambiente. Plus de 2 000 animaux y ont été soignés depuis son ouverture. Un travail d’autant plus nécessaire qu’en Italie, des dizaines de milliers de tortues marines seraient victimes chaque année de captures accidentelles liées aux activités de pêche.

Si les Pouilles séduisent chaque été des milliers de voyageurs, elles sont aussi devenues un nouveau territoire de reproduction pour la tortue caouanne (Caretta caretta). Avec le réchauffement de la Méditerranée, l’espèce étend progressivement ses zones de ponte. Des plages où les nids étaient autrefois rares en accueillent désormais davantage, parfois au cœur de stations balnéaires très fréquentées. À ces transformations s’ajoutent d’autres menaces : captures accidentelles dans les filets ou par les hameçons, pollution plastique, braconnage, artificialisation et éclairage des plages. C’est dans ce contexte qu’a été développé le programme TUI Turtle Aid, en collaboration avec Legambiente, pour protéger les sites de nidification et sensibiliser habitants, professionnels du tourisme et visiteurs.
À Manfredonia, où le nombre de nids progresse, Giovanni Furii observe cette évolution année après année. « Depuis une dizaine d’années, les tortues construisent davantage de nids sur nos côtes. Il est essentiel de suivre ce phénomène et de protéger chaque ponte », explique-t-il.
Quand les vacanciers deviennent gardiens des nids

Encore faut-il apprendre à cohabiter avec ces nouvelles habitantes. Beaucoup de vacanciers connaissent mal le comportement des tortues. « Certaines personnes voient une femelle sortir de l’eau et pensent qu’elle est en difficulté. Elles la remettent à la mer, sans comprendre qu’elle était venue pondre », regrette le biologiste. Des campagnes d’information sont donc organisées sur les plages, dans les stations balnéaires et auprès des professionnels du tourisme. Plusieurs établissements, comme l’African Beach près de Manfredonia, participent au dispositif en devenant des « hôtels amis des tortues ». Cette démarche, soutenue par la TUI Care Foundation, encourage notamment les établissements à mieux prendre en compte la présence des tortues et de leurs nids. L’un des principaux problèmes reste la lumière artificielle. À leur naissance, les petites tortues s’orientent vers l’horizon marin grâce à la luminosité naturelle. Les éclairages d’un hôtel, d’une route ou d’une promenade peuvent les désorienter et les entraîner dans la direction opposée à la mer.
Les équipes privilégient donc la lumière rouge lors de certaines interventions nocturnes, moins perturbante pour les animaux. La technologie vient également prêter main-forte aux biologistes : des drones permettent de repérer les traces laissées dans le sable par les femelles et d’aider à localiser rapidement les zones de ponte afin de les sécuriser.
Pêcheurs et biologistes, même combat

La protection des tortues repose aussi sur une coopération précieuse avec les pêcheurs locaux. D’ailleurs, tout a commencé avec eux. Un jour, Michele et son frère ont remonté dans leurs filets une tortue si imposante qu’elle tenait difficilement dans leur embarcation. Ils ont décidé de l’amener au centre. Aujourd’hui, Michele assure en observer davantage qu’il y a une quinzaine d’années. Régulièrement, des tortues blessées après avoir été prises dans des filets ou avoir avalé des hameçons sont acheminées vers le centre de Manfredonia. Elles y sont soignées, parfois durant plusieurs mois, avant de pouvoir retrouver la mer.
Les résultats sont tangibles. En une seule année, le programme a permis de protéger 31 nids, d’accompagner l’éclosion de 1 490 jeunes tortues, de sensibiliser plus de 500 personnes et de réhabiliter 120 spécimens.
Parmi eux, Vito est devenu un symbole. Ce mâle d’une vingtaine d’années, pesant 36 kilos, avait été retrouvé au large du Gargano avec une grave blessure à la tête, « probablement provoquée par un hameçon », se souvient Giovanni Furii. Après plusieurs mois de soins intensifs, l’animal a progressivement retrouvé toutes ses capacités.
Vito retrouve l’Adriatique

Aujourd’hui est un grand jour : dans quelques minutes, Vito va retrouver son habitat naturel, dans les eaux turquoise de l’Adriatique. Ce matin-là, notre bateau s’éloigne lentement au large des falaises karstiques du Gargano. À l’avant, Vito attend sagement dans un grand bac, sa carapace recouverte d’un linge humide pour le protéger du soleil de juin.
À quelques milles du port, le bateau s’immobilise. Chacun retient son souffle. Quelques secondes encore, puis Vito bascule dans l’eau. Sa silhouette reste un instant visible avant de disparaître sous la surface. Un moment rare, presque silencieux, qui résume à lui seul des mois de soins et le travail patient de biologistes, bénévoles, pêcheurs et professionnels du tourisme.
Tarente, la ville où les moules racontent la mer

Le soleil frappe déjà la pierre blonde de Tarente lorsque notre embarcation quitte doucement le quai. À tribord, les remparts du château aragonais dominent la mer Ionienne. Derrière eux s’étend une ville millénaire, fondée par les Grecs au VIIIe siècle avant notre ère, aujourd’hui en quête d’un nouvel équilibre entre héritage industriel, environnement et traditions.
Mais ce matin, ce ne sont pas ses fortifications qui attirent notre regard. Le bateau met le cap vers un paysage beaucoup plus discret : les eaux paisibles du Mare Piccolo, la lagune intérieure qui contribue depuis des siècles à la réputation de Tarente, surnommée la « ville des Deux Mers ».
Bientôt, des centaines de flotteurs apparaissent à la surface. Sous ces lignes parfaitement alignées grandissent les véritables trésors de la ville : les célèbres moules noires de Tarente.
Un savoir-faire transmis de père en fils

À bord de son bateau, Cesare d’Arcangelo nous accueille avec le sourire. Chapeau de paille sur la tête, visage buriné par le soleil et le vent, il tient d’abord à raconter son histoire. « J’ai commencé à naviguer ici à cinq ans avec mon père, raconte-t-il en remontant une corde chargée de coquillages. Mon grand-père faisait déjà ce métier, tout comme mon arrière-grand-père. »
Le geste est précis, presque chorégraphié. En quelques secondes, il ouvre une moule tout juste sortie de l’eau et nous invite à la goûter. La chair est ferme, iodée, d’une fraîcheur saisissante.
Cette saveur particulière doit beaucoup à la géographie du Mare Piccolo. Alimentée par des résurgences d’eau douce sous-marines, la lagune offre des conditions singulières à la mytiliculture, pratiquée ici depuis des siècles. Les moules font tellement partie de l’identité de Tarente que les habitants les appellent en dialecte cozze gnore, les « moules noires ».
Une tradition sauvée des eaux


Pourtant, cette tradition a bien failli disparaître. Pendant plusieurs décennies, l’immense complexe sidérurgique installé aux portes de Tarente a lourdement pesé sur l’environnement de la ville et de ses eaux. La pollution a entraîné des restrictions sur la production et fragilisé l’avenir des mytiliculteurs.
Les mesures sanitaires et environnementales mises en place ont depuis permis de préserver certaines zones de production et de relancer la filière. La moule noire de Tarente est aujourd’hui soutenue par Slow Food Italie, qui accompagne les petits producteurs et défend un modèle respectueux de cet écosystème fragile. Une vingtaine de mytiliculteurs ont rejoint cette démarche.
Depuis 2025, elle est également intégrée au projet TUI Field to Fork, développé par la TUI Care Foundation en partenariat avec Slow Food Italie, afin de soutenir les producteurs et de contribuer à la pérennité de ce savoir-faire.
Le tourisme peut, là encore, devenir un allié. En venant à la rencontre des mytiliculteurs, les visiteurs ne découvrent pas seulement un produit emblématique de la gastronomie des Pouilles : ils entrent dans un paysage, une histoire familiale et un patrimoine vivant. Une embarcation dédiée aux excursions sur le Mare Piccolo doit ainsi permettre aux voyageurs de découvrir directement les élevages et le travail des producteurs.
Dans les vergers de Palagiano, la douceur des agrumes

En quittant la côte, les paysages changent peu à peu. Les oliveraies succèdent aux vignobles, puis viennent les vergers où les arbres ploient sous les agrumes. Au cœur de cette campagne baignée de lumière se niche Palagiano, surnommée « la cité des clémentines ». Cette région bénéficie d’un climat doux et d’un sol sablonneux idéal qui confèrent au fruit une grande douceur et une qualité reconnue sous le label européen IGP.
C’est ici qu’Annalisa Palanga perpétue une histoire familiale vieille de quatre générations. La propriété compte plus de 5 000 arbres. Sous les branches, elle nous raconte son quotidien avec simplicité. « Certains de nos arbres ont plus de quatre-vingts ans », explique-t-elle en caressant l’écorce d’un vieux clémentinier. « Les récoltes sont réalisées à la main et l’agriculture est biologique. Chaque fruit profite ici d’un climat particulier, avec de fortes amplitudes de température en hiver et un soleil éclatant presque toute l’année. »
Le résultat se goûte immédiatement

« C’est une clémentine unique, très sucrée, que l’on ne trouve nulle part ailleurs », affirme Annalisa Palanga avec le sourire. Pourtant, rien n’était gagné. Face à des prix devenus insuffisants pour assurer la pérennité des exploitations, certains producteurs envisageaient d’abandonner cette culture historique. Dans la famille d’Annalisa, sa grand-mère a alors choisi sa petite-fille pour reprendre le flambeau.
Un tournant s’est amorcé avec l’intégration au programme Slow Food Italie. En fédérant plusieurs producteurs autour de la valorisation de cette production locale, la démarche a permis aux clémentines de Palagiano de gagner en visibilité et aux cultivateurs de mieux défendre la valeur de leur travail.
Aujourd’hui, les voyageurs sont à leur tour invités à entrer dans les vergers. Ils découvrent les méthodes de culture avant de s’attabler autour d’une dégustation généreuse : focaccia encore tiède, bruschette, fromages locaux, confitures maison, glace à la clémentine et vins des Pouilles composent un savoureux voyage des sens. Le tourisme devient ainsi une autre manière de soutenir une agriculture locale et de maintenir vivant un savoir-faire transmis de génération en génération.
Mais derrière cette abondance se cache une inquiétude bien réelle. « Les épisodes de chaleur deviennent de plus en plus difficiles pour les arbres, confie Annalisa. Lorsqu’il fait trop chaud, ils commencent à se dessécher. » Ici aussi, le changement climatique n’est plus une menace abstraite ou lointaine. Il se lit directement dans les vergers, sur les feuilles et les fruits, et façonne déjà le quotidien de ceux qui vivent de cette terre.
Le voyage peut aussi se poursuivre vers Matera et ses célèbres Sassi, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière des Pouilles.
Consulter avant de partir
Office du tourisme italien
www.italia.it
Découvrir la Fondation TUI Care ?
La TUI Care Foundation est une fondation indépendante à but non lucratif créée en 2016 à l’initiative du groupe TUI, l’un des principaux acteurs mondiaux du tourisme. Basée aux Pays-Bas, elle a pour mission d’utiliser le tourisme comme un levier de développement durable en soutenant des projets qui bénéficient aux populations locales et à l’environnement dans les destinations touristiques.
Où intervient-elle ?
La fondation est active dans plus de 30 pays, principalement dans des destinations touristiques en Europe, en Afrique, en Asie, dans les Caraïbes et en Amérique latine. Elle travaille avec des ONG, des collectivités locales, des entreprises et des organisations internationales afin d’adapter ses projets aux besoins de chaque territoire. On peut citer par exemple la Tui Forest, qui intervient pour des plantations et restaurations d’arbres, la Tui Wildlife, la protection d’espèces menacées, et bien sûr la Tui Turtle Aid.
Quelques résultats
Depuis sa création, la fondation indique avoir notamment :
• développé plus de 60 projets dans le monde
• planté plusieurs millions d’arbres
• contribué à la protection de millions de tortues marines
• accompagné des dizaines de milliers de jeunes et de femmes dans des programmes de formation et d’insertion professionnelle.
Texte : Laurence Grémy-Flamand
Photos : Laurence Grémy-Flamand et selon indication



