La Colombe, l’Ibis, le Lapin, le Chat, la Tortue, l’Écrevisse… Ce sont en tout une trentaine de courts poèmes (quatrains) de Guillaume Apollinaire (1880-1918) illustrés par Raoul Dufy (1877-1953) qui ont été publiés en mars 1911. Une aventure commune reprise cet été en texte et image dans le Couvent des Franciscaines de Deauville.

France. Deauville. Le Couvent des Franciscaines, une reconversion patrimoniale en espaces culturels multiformes pour tout public à longueur d’année.

Cet ensemble patrimonial remarquable du XIXème siècle, ancien couvent des Sœurs Franciscaines reconverti en espace culturel en mai 2021, nous permet de découvrir une des nombreuses et riches facettes de la production de l’artiste normand.

Médiathèque, musée, espace d’exposition, salle de spectacle… Ici vous n’avez que l’embarras du choix. Et cet été l’occasion se présente de rendre justice, par les organisateurs, à l’impressionnante versatilité du talent de Dufy qui dépasse de loin l’art de la peinture de chevalet pour rayonner également dans le dessin, la gravure, la céramique, l’art textile… Soit une centaine d’œuvres dans un parcours en dix sections autant chronologiques que thématiques.

Métrique et prosodie au rendez-vous

Les poèmes de Guillaume Apollinaire illustrés par Raoul Dufy suivent fidèlement les règles traditionnelles de la poésie, en matière de métrique et de prosodie.
Ainsi, à titre d’exemple, ces quatrains rythmés – en octosyllabes ou alexandrins – emploient des « rimes plates » de sorte que les deux premiers vers, phonétiquement, se font écho d’une part et les deux derniers vers, de leur côté, résonnent ensemble selon la règle AABB.

Dans ce poème il est question d’un Infant du Portugal parti visiter sept parties du monde avec quatre dromadaires. L’exotisme au rendez-vous.

Cette monture possible du poète évoque Hélios, dieu du Soleil personnifié dans la mythologie grecque, chevauchant un char d’or.

Toison dorée mais bien hirsute – évoquant la geste de Jason – celle-ci provenant des hauteurs du Tibet – se fond dans les torsades de la gravure.

Image moins glorieuse que celle de la monture céleste, celle de l’habituée des coins et recoins poussiéreux incarne pour Guillaume Apollinaire un amour aussi cruel qu’intime.

Un bestiaire à quatre mains

Œuvre d’Apollinaire et de Dufy, « Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée », recueil à quatre mains composé de poèmes accompagnés de gravures sur bois (xylographies), sera publié à compte d’auteurs par l’éditeur Deplanche qui confiera l’ouvrage aux presses de Gauthier-Villars. « Le bestiaire » sera tiré à 120 exemplaires.
La démarche artistique s’inspire des « Fables de La Fontaine » où chaque poème vient brosser le portrait plein d’esprit d’un animal.
Le personnage d’Orphée, figure mythologique et conductrice de ce bestiaire, jouait d’une lyre dont lui avait fait présent Mercure, composée d’une carapace de tortue. Son chant et la musique émanant de l’instrument attiraient irrésistiblement les animaux sauvages qui l’approchaient par eux-mêmes pour l’écouter.

Exposition « Raoul Dufy – La mélodie du bonheur »
du 27 juin au 20 septembre 2026
Les Franciscaines
145 B, Avenue de la République – 14800 Deauville
Informations : 02 61 52 29 20
http://lesfranciscaines.fr


Texte et photos : Reza Afchar Naderi
Photo ouverture : Raoul Dufy
Le violon rouge, vers 1948
Huile sur toile 38,5 x 46 cm
Collection Centre Pompidou, Paris
Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle
© Centre Pompidou, MNAM-CCI/Service de la documentation photographique du MNAM/Dist. GrandPalaisRmn