Au carrefour millénaire des grandes voies commerciales, territoire familier des conquérants légendaires du continent asiatique, l’Ouzbekistan était à redécouvrir et plus particulièrement sa capitale légendaire, Samarkand, à l’occasion de l’ouverture du Salon IFTM Top Resa, à Paris, du 15 au 17 septembre 2026. Ajoutons une échappée littéraire dans l’œuvre de grands poètes persanophones ayant raconté la fabuleuse cité avec des mots qui ont essaimé depuis des siècles entre Proche-Orient et Asie centrale.
Sommaire
Un Versailles oriental où l’architecture est reine


Destination touristique de premier plan, l’Ouzbekistan était pour l’occasion l’invité d’honneur du salon IFTM 2026. Les superlatifs ne manquent pas pour dépeindre la fameuse cité de Samarkand avec sa débauche d’architectures raffinées et ses madrasas (écoles coraniques) et leurs palettes de bleu turquoise.
À n’en pas douter, cette capitale aussi altière que raffinée fut au souverain surnommé Tamerlan ce que fut Versailles à Louis XIV, roi de France. Autrement dit une ville royale qui soit à la fois symbole de puissance et modèle de civilisation. Un tel symbole devait faire parler de lui à travers frontières et continents pour témoigner de la toute puissance et du génie civilisateur du conquérant.

En tout premier se situe le Registan qui apparaît comme façade la plus parlante de cette destination. Il tient son nom d’un vocable d’origine persane, « reg » (« gravier ») et « stan » (« lieu »), autrement dit « place de sable ». Sur cette esplanade, se croisaient jadis les caravanes venues d’Inde, de Perse, de Russie ou de Chine. Ce qui s’y impose tout de suite aux regards, c’est pas moins de trois madrasas cernant la place et disposées à angle droit.
Madrasa Tilla Kari

Au milieu, côté nord, face aux visiteurs, c’est la Madrasa Tilla Kari, dont la fondation est datée de 1660. Le nom signifie « couvert d’or ». Il n’est que de constater les éblouissantes décorations de l’intérieur du dôme.

Madrasa Ulugh Bek

Sur la gauche de la place du Registan, face visiteur, c’est la Madrasa Ulugh Bek, la plus ancienne des trois, avec toujours cette vocation spirituelle et éducative du 15ème siècle.
Ce qui était considéré comme la plus grande université d’Asie Centrale porte le nom du grand savant et astronome Mirza Ulugh Bek (1409 – 1449), petit-fils de Tamerlan. Cette madrasa est un exemple classique des établissements d’enseignement supérieur de l’Orient musulman.
Madrasa Chir Dor

Face visiteur toujours, bordant la droite de l’espace prestigieux, la Madrasa Chir Dor (« Porte du Lion »), fut érigée deux siècles plus tard en 1636.
Sur sa façade figure un « lion tigre », couronné de lumière solaire, emblème de puissance du royaume. Ce symbolisme renvoie au dieu Mithra dans sa version mongole. Le culte de Mithra est un culte à mystères apparu en Perse au cours du IIème siècle avant J.-C.
Le maître des lieux : une légende pas si « boiteuse » que l’on dit

Amir Timour, le souverain qu’en Occident on nomme « le Conquérant de fer » porte comme prénom d’origine Timur (timur = fer) auquel prénom on a par ailleurs adjoint le préfixe amir signifiant « seigneur ». Il est cependant plus connu sous le nom de Tamerlan, le suffixe « lan » étant une déformation du persan « lang » signifiant « boiteux ». Le surnom avait fait suite à une blessure au genou qui l’avait affecté définitivement.
Il est évident que le titre « Amir » convient sans doute mieux au peuple ouzbek. Aujourd’hui on peut observer le seigneur conquérant, représenté à Samarkand où sa statue trône, les mains reposant sur la poignée de sa redoutable épée qui fit trembler plus d’un empire.
Son cénotaphe est taillé dans un seul bloc de jade vert sombre symbolisant force et solidité.
L’épée et la poignée rappellent son titre de « Seigneur de Fer » et son statut de conquérant impitoyable dont l’empire s’étendait de l’Inde jusqu’en Anatolie.
Mosquées, mausolées et sépultures de renom
Mosquée Bibi Khanum

La Mosquée Bibi Khanum fait figure à part, dans ces ensembles architecturaux de renommée mondiale, en raison de ses proportions hors du commun. Grandeur, puissance sont présents dans cette mosquée dédiée à l’épouse préférée du conquérant. C’est à cette princesse mongole (1341 – 1406) que fut dédiée la majestueuse mosquée bâtie par des artisans venus du Khorassan iranien, d’Azarbaïdjan et de l’Inde.
L’entrée principale, une arche titanesque, était à l’origine flanquée de minarets de 50 mètres de hauteur. Ils furent bâtis pour célébrer les victoires de Timur en Inde. La coupole, elle, se dressait sur une hauteur de 40 mètres
La mosquée était promise à devenir la plus grande du monde islamique. Ce qu’on en voit aujourd’hui est une reconstruction partielle entamée dans les années 1970.
En face de la mosquée Bibi Khanum se trouve le Mausolée de même nom érigé à la fin du 14ème siècle. Ce mausolée est un édifice funéraire de l’époque timouride, traditionnellement associé aux femmes de la famille de Tamerlan. Plus modeste que la mosquée voisine, il se distingue par sa coupole turquoise, dont les lignes élégantes dominent une architecture sobre. À l’intérieur, une seconde coupole, ornée de motifs décoratifs, témoigne du raffinement des artisans de l’époque. L’édifice, profondément marqué par les siècles et les séismes, a fait l’objet d’importantes restaurations.
© Reza Afchar Naderi.

Le tombeau de Tamerlan

Célèbre pour son superbe dôme nervuré, Gur Amir Maqbarasi, (« Tombeau du Prince »), lieu de sépulture de Tamerlan, est un mausolée dynastique qui aurait inspiré le Taj Mahal, grande sépulture mongole de l’Inde. Ce mausolée aux coupoles turquoises abrite les restes de Tamerlan et de plusieurs membres de sa famille dont son petit-fils Ulugh Bek.
Sa coupole turquoise aux 64 nervures, spectaculaire par ses proportions et son décor de céramiques émaillées, compte parmi les réalisations les plus remarquables de l’architecture d’Asie centrale.
© B. Postel.
Complexe Chah-i Zinda

À quelques minutes à pied de la mosquée Bibi Khanum se situe le Complexe Chah-i Zinda (« Roi Vivant »). Une nécropole qui regroupe une vingtaine de mausolées érigés entre le XIe et le XIXe siècle. Cette nécropole renvoie au mythe zoroastrien des Juges des Enfers datant d’avant la conquête islamique et racontant comment le roi Afrasiyab continuait de régner sur le royaume des morts.

La nuit tombée ces perles architecturales libèrent des espaces de caravansérail où accueillir des soirées de poésie persane sur notamment le sens mystique du vin, les regards posés par les grands poètes lyriques ou les philosophes sur le temps qui passe et la beauté périssable des êtres et des choses de ce monde.
Les grands poètes inspirés par la ville royale de Samarkand
Invitation à un voyage poétique à travers le temps et l’espace avec des compositions de deux poètes classiques persans célébrant les charmes et la magie de la cité légendaire. Cette cité a valeur de symbole, ayant constitué durant l’ère médiévale un refuge pour les savants et théologiens mais aussi pour les poètes et philosophes.
Omar Khayyam, savant et poète visionnaire

Au nombre de ces grands poètes : Omar Khayyam, originaire de la ville de Nichapour située en Iran dans la province du Khorassan. L’oeuvre de Khayyam s’inscrit dans plusieurs domaines tels que les mathématiques, l’astronomie, le philosophie, mais elle est surtout connue pour ses poèmes et en particulier ses « Robaï » (Quatrains).
Alors âgé de 24 ans, le poète s’exprime en métaphores et allégories sur le thème du temps qui passe et de la futilité des attaches terrestres. Avec parfois comme cadre la « Taverne », rendez-vous des plaisirs matériels où se croisent la beauté qui se fane avec l’âge autant que les jouissances d’un temps toujours plus court qu’on ne le croit.
Khayyam de Nichapour
Cinquième Robaï (Quatrain N°5)
Bien malgré cette teinte si belle, cette face si plaisante
Et ce visage pareil que tulipe éclose, cette taille de cyprès
Nul ne saura en cette demeure de terrestres réjouissances
Me dire pourquoi le peintre de l’Éternel m’a doté de tant d’attraits.

Le nom et la légende qui entourent la vie de Khayyam vont refaire surface en notre siècle contemporain avec la publication du livre « Samarcande » de l’écrivain franco-libanais Amin Maalouf. On y découvre l’histoire d’un manuscrit né au 11ème siècle, perdu pendant les invasions mongoles et retrouvé des siècles plus tard, mêlant les destins d’Omar Khayyam et de Hassan Sabbah, fondateur de l’Ordre des « Assassins » (« Hashishin »), une des sectes les plus redoutables de l’époque médiévale en Orient.
Hafez de Chiraz, chantre de l’amour et de l’ivresse mystique

Hafez de Chiraz, né vers 1325 dans le Fars, une province du sud de l’Iran, berceau de la langue persane – de son nom de plume Chams ed-Din Mohammad Hafez-e Chirazi – est un poète contemporain de l’empire timouride.
Auteur du célèbre « Divâne », recueil de poésie lyrique, il est considéré comme un des poètes les plus populaires de l’Iran mais aussi des pays d’Asie Centrale et des régions persanophones. Son surnom « Hafez » signifiant « Gardien », évoque celui qui a su apprendre par cœur l’intégralité du Coran. Mohammad Shams ed-Din Hafez, détail d’une enluminure figurant dans un manuscrit persan du Divân de Hafez, XVIIIe siècle. Conservé à la British Library (Londres).
Ayant quitté ce monde vers l’âge de 64 ans, il nous laisse son recueil célèbre où figure en troisième place un poème célébrant les charmes de Samarkand et de Bukhara à travers la beauté sans pareil d’une « idole » de Chiraz, sa ville natale, capitale du Fars. Le poème lyrique commence ainsi :
Hafez de Chiraz
Ghazal N° 3 du Divâne
Si cette Turque de Chiraz
Venait à conquérir nos cœurs
Pour son grain hindou de beauté
Je ferai don de Samarkand et Bukhara

C’est dire le degré de fascination que les cités légendaires de Samarkand et Bukhara exerçaient sur les esprits raffinés et les savants de l’époque. Une fascination toujours aussi présente et que le salon IFTM de cette année aura contribué à raviver.
Bibliographie
- Ouzbékistan, Petit Futé, éd. Les Nouvelles Éditions de l’Université, 335 p. 2025.
- Samarcande, roman de l’écrivain franco-libanais Amin Maalouf, publié aux éditions Jean-Claude Lattès en 1988.
- Le Divân de Hafez de Chiraz.
Traduit du persan et commenté par Charles-Henri de Fouchécour, éditions Verdier / Poche, 2006. Œuvres lyriques d’un poète spirituel persan au 14e s. 1273 p. - Divân (recueil de poésie) de Hafez de Chiraz
Édition Amir Kabir, 1976. Dessins, tableaux et images par Mohammad Tadjvidi. Enluminures par Abdollah Bagheri, - Robaït (recueil de quatrains) de Hakim Omar Khayyam de Nichapour, le grand philosophe d’Iran
Édition Cherkat-e Sahami ya Tahrir-e Iran, 1964. Illustrations par Ali Karimi et les frères Tadjvidi
Se renseigner
Ambassade d’Ouzbékistan en France
- Adresse : 22, rue d’Aguesseau, 75008 Paris
- E-mail : contact@ouzbekistan.fr
- Téléphone : 01 53 30 03 53
- Site officiel : Ambassade d’Ouzbékistan en France
Texte : Reza Afchar Naderi
Photos : Reza Afchar Naderi sauf indication
Poèmes d’Omar Khayyam et Hafez de Chiraz traduits par Reza Afchar Naderi.

