Pourquoi trouve-t-on des sculptures érotiques sur les étais des pagodes de Katmandou ? Quel rapport existe-t-il entre le sexe et le sacré ? Ce livre – Tantra, Théologie de l’Amour et de la Liberté – fruit de plusieurs décennies de recherches sur le terrain, apporte une réponse à ces questions. Voyage au cœur des cultes de l’extase.

Katmandou. Temple de Jaganath dédié à Krishna (daté de 1563). Une jeune femme nue est assise sur les jambes d'un noble personnage en habit de ville. A côté d'eux, un serviteur agite un chasse-mouche et se masturbe de l'autre main. La taille des personnages donne une idée de la position sociale de chacun.
Katmandou. Temple de Jaganath dédié à Krishna (daté de 1563). Une jeune femme nue est assise sur les jambes d’un noble personnage en habit de ville. À côté d’eux, un serviteur agite un chasse-mouche et se masturbe de l’autre main. La taille des personnages donne une idée de la position sociale de chacun.

Sexualité tantrique

Des couples, voire des trios s’enlacent amoureusement dans les positions les plus invraisemblables. Ils copulent de face, de dos, même de profil ; un assistant parfois encourage les amants de ses caresses ou même s’associe à leurs jeux par sodomie, fellation ou même flagellation.

Bhaktapur. Temple de Pashupatinath. XVIIe siècle. Position du couple en maithuna décrite dans le Kama Sutra. Ce qui distingue la sexualité tantrique, ce ne sont pas les positions mais son rapport avec le divin. La femme, de son pieddroit soutient la fleur de lotus, elle-même reliée à la terre par sa tige, et sur laquelle la divinité repose son pied gauche. L'homme est en contact avec le monde divin par l'autre pied de la divinité qui les domine, posé sur sa tête. C'est l'union symbolique du ciel et de la terre mère qui nous est suggérée.
Bhaktapur. Temple de Pashupatinath. XVIIe siècle. Position du couple en maithuna décrite dans le Kama Sutra. Ce qui distingue la sexualité tantrique, ce ne sont pas les positions, mais son rapport avec le divin. La femme, de son pied droit soutient la fleur de lotus, elle-même reliée à la terre par sa tige, et sur laquelle la divinité repose son pied gauche. L’homme est en contact avec le monde divin par l’autre pied de la divinité qui les domine, posé sur sa tête. C’est l’union symbolique du ciel et de la terre mère qui nous est ici suggérée.

Là une jeune fille se laisse couvrir amoureusement par un cheval, une autre copule avec un chien, ailleurs une femme les jambes écartées, relevées jusqu’aux épaules, exhibe avec impudeur sa vulve que ses mains ouvrent largement. Deux femmes sont assises à côté d’un homme, l’une le nourrit, l’autre le masturbe, plusieurs personnages s’unissent sexuellement dans des positions complexes, un homme avec plusieurs femmes ou des hommes avec une seule femme, des groupes se livrent à des pratiques d’un sadisme exacerbé, un religieux à chignon et longue barbe s’apprête à pratiquer le coït avec une jeune fille …

Patan. Vallée Neware de Katmandou. U Temple de Jagannarayan . Les poutres sont sculptées de sujets érotiques.
Patan. Vallée Neware de Katmandou. Temple de Jagannarayan . Les poutres sont sculptées de sujets érotiques.

Non, il ne s’agit pas d’un film pornographique. Ces images à la beauté étrange, à l’érotisme déroutant, à l’obscénité affichée et provocante sont sculptées sur les poutres de soutien de charpente des élégantes pagodes aux toits d’or qui se dressent un peu partout dans la vallée de Katmandou.

Vallée de Kathmandou. Hanuman Dhoka (Old Royal Palace). Ce qui fut la résidence du roi Privhvinarayan Shah au XVIIIe siècle, le Nautale Durbar, arbore sous sa toiture une série de quinze étais qui montrent des scènes érotiques à plusieurs partenaires. Cette statue figure un éléphant dont on peut distinguer la silhouette. L'éléphant est le symbole du chakra de base, le Muladhara, siège de la Kundalini.
Vallée de Kathmandou. Hanuman Dhoka (Old Royal Palace). Ce qui fut la résidence du roi Privhvinarayan Shah au XVIIIe siècle, le Nautale Durbar, arbore sous sa toiture une série de quinze étais qui montrent des scènes érotiques à plusieurs partenaires. Cette statue figure un éléphant dont on peut distinguer la silhouette. L’éléphant est le symbole du chakra de base, le Muladhara, siège de la Kundalini.

Ces sculptures qui choquent ou en tous les cas intriguent même les Népalais contemporains ont été imaginées et sculptées à une période où la vie et les mœurs étaient bien différents des habitudes actuelles.
Même si le Népal n’a jamais été colonisé, l’influence anglaise et le victorianisme puritain, qui s’est si bien adapté à la rigueur brahmanique indienne, y a aussi imprégné les mœurs actuelles.

Patan. Temple de Jagannarayan. Durbar square. XVIIe siècle. Distraction érotique d'une noble dame. Elle porte des boucles d'oreilles qui attestent de son rang élevé. Elle est entourée de deux serviteurs, peut-être des eunuques, qui l'accompagnent dans la recherche de son plaisir.
Patan. Temple de Jagannarayan. Durbar square. XVIIe siècle. Distraction érotique d’une noble dame. Elle porte des boucles d’oreilles qui attestent de son rang élevé. Elle est entourée de deux serviteurs, peut-être des eunuques, qui l’accompagnent dans la recherche de son plaisir.

Dans les temps plus anciens, des pratiques “dionysiaques” étaient encore fréquentes lors de fêtes annuelles qui brisaient les tabous habituels pour quelques heures et faisaient partie intégrante des rituels religieux et d’une sorte de nécessité sociale car la population peu nombreuse et les épidémies dévastatrices justifiaient un encouragement à la reproduction. Les images percutantes et d’un réalisme cru en disaient plus aux observateurs du XVIIe siècle que de longs discours sur le sujet, dans un contexte, répétons le, où la natalité était une nécessité face à une mortalité infantile très importante avec pour conséquence un peuplement insuffisant.

Patan. Temple de Jagannarayan. Allégorie de l'eau qui s'écoule...
Patan. Temple de Jagannarayan. Allégorie de l’eau qui s’écoule…

Le sexe, source de rédemption

Cet essai ne prétend pas résoudre tous les mystères des pagodes ni ceux du tantrisme. Il eût fallu commencer par expliquer toutes les subtilités du tantrisme hindou, puis celles du tantrisme Vajrayana bouddhiste, ce qui nous aurait entraîné trop loin sur des considérations générales des deux religions. Le point de vue est essentiellement de souligner les convergences entre les tantrismes hindous et bouddhistes plutôt que d’en valoriser les différences.
Nous avons privilégié l’éclairage sur des doctrines radicales et aux pratiques parfois choquantes, mais qui, en fin de compte, n’ont pour but que l’élévation spirituelle et la libération des chaines de la réincarnation qui enferment les âmes dans une sorte de noria spirituelle de laquelle elles ont bien du mal à s’échapper.

Vallée de Katmandou. Temple de Changu Narayan consacré au dieu hindou Vishnou. Un noble habillé est entouré de ses deux femmes dont les sexes sont dénudés.
Vallée de Katmandou. Temple de Changu Narayan consacré au dieu hindou Kundalini. Un noble habillé est entouré de ses deux femmes dont les sexes sont dénudés.

Texte : Eric Chazot
Photos : François Guenet

Eric Chazot est un écrivain spécialiste du Népal où il a vécu de 1975 à 1988 et où il retourne plusieurs fois par an. Il est considéré comme un des meilleurs experts en art himalayen. Il a eu la chance de rencontrer un vieux sage Newar qui lui a donné des explications sur des connaissances et pratiques tantriques tenues ultra secrètes.
Ce beau livre, illustré de 108 magnifiques photos, révèle le patrimoine exceptionnel d’un art sacré et de rites réservés à de rares initiés. C’est aussi un précieux témoignage de la dimension tantrique portée par l’iconographie érotique de certaines pagodes népalaises de la vallée neware.
Ce livre est d’autant plus précieux qu’il recèle des témoignages uniques de la statuaire des temples et sanctuaires des capitales des anciens royaumes, Katmandou, Bhaktapur et Patan, détruits par le séisme de 2015.

François Guenet est photographe dans le domaine de l’Art et des Civilisations pour de grands magazines français et étrangers. Il a une connaissance approfondie du Népal où il a réalisé de nombreux reportages depuis une quarantaine d’années. Il travaille également comme photo-journaliste et a couvert de nombreux conflits au Moyen-Orient.
Une partie de son oeuvre est visible sur http://www.divergence-images.com/francois-guenet/

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